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Retraite progressive auto-entrepreneur : conditions, calcul et démarches

retraite progressive auto-entrepreneur
Retraite Progressive Auto-entrepreneur

Vous êtes micro-entrepreneur et vous approchez de la soixantaine. Continuer à plein régime jusqu’à la liquidation totale, ce n’est plus vraiment ce que vous voulez — mais arrêter brutalement non plus. La retraite progressive existe précisément pour ça : réduire votre chiffre d’affaires progressivement tout en percevant une fraction de votre pension.

Sauf que pour les auto-entrepreneurs, le dispositif fonctionne différemment de ce qu’on voit expliqué pour les salariés. Il y a des conditions spécifiques, une caisse de référence, une logique de calcul propre aux indépendants, et plusieurs pièges que les salariés ne rencontrent pas. Voici le guide complet, sans raccourcis.

À retenir : La retraite progressive est accessible aux auto-entrepreneurs artisans et commerçants affiliés à la SSI. En revanche, les professions libérales relevant de la CIPAV en étaient exclues jusqu’à la réforme de 2023, qui a élargi le dispositif. La situation dépend de votre activité exacte.

Qui peut y accéder ? La question du régime de rattachement

Première chose à vérifier avant tout : quel est votre régime de retraite en tant qu’auto-entrepreneur ?

Cela détermine entièrement votre éligibilité à la retraite progressive.

  • Artisans et commerçants : affiliés à la SSI (Sécurité Sociale des Indépendants) → accès à la retraite progressive
  • Professions libérales non réglementées (consultants, formateurs, coaches, graphistes…) : affiliés au régime général (SSI depuis la fusion de 2018) → accès à la retraite progressive
  • Professions libérales réglementées (architectes, infirmiers libéraux, kinésithérapeutes, certains consultants spécialisés…) : affiliées à la CIPAVéligibles depuis la réforme de 2023, après en avoir été longtemps exclues
  • Activité mixte salarié + auto-entrepreneur : la condition d’exclusivité s’applique — la retraite progressive en tant qu’indépendant n’est pas cumulable avec une activité salariée simultanée

Si vous avez un doute sur votre caisse de rattachement, vérifiez sur votre espace URSSAF .

Les trois conditions à remplir

Pour accéder à la retraite progressive en tant qu’auto-entrepreneur, trois conditions s’appliquent simultanément :

1. Avoir au moins 60 ans
Soit deux ans avant l’âge légal de départ à taux plein. En 2026, l’âge légal varie de 62 à 64 ans selon la génération — la retraite progressive est donc accessible entre 60 et 64 ans selon votre année de naissance.

2. Justifier d’au moins 150 trimestres validés (tous régimes confondus)
Attention : il s’agit de trimestres validés, pas seulement cotisés. Les trimestres assimilés (chômage, maladie, maternité…) et ceux validés dans d’autres régimes (si vous avez été salarié avant) sont comptabilisés.

Lire  Où envoyer un dossier ASPA ? L’adresse selon votre situation

3. Exercer à titre exclusif votre activité d’auto-entrepreneur
Pas d’autre activité professionnelle en parallèle — ni salarié, ni mandataire social, ni autre statut indépendant actif. C’est la condition qui distingue le plus les indépendants des salariés, pour lesquels la question de l’exclusivité ne se pose pas de la même façon.

Comment fonctionne la réduction d’activité pour un auto-entrepreneur ?

C’est là que le mécanisme diverge fondamentalement du schéma salarié.

Un salarié réduit son temps de travail (il passe à 60 % d’un temps plein, par exemple). Un auto-entrepreneur, lui, ne peut pas « travailler à temps partiel » au sens légal. La réduction d’activité se traduit par une baisse de chiffre d’affaires.

Plus précisément : votre caisse de retraite compare votre chiffre d’affaires annuel de référence (la moyenne de vos dernières années ou votre CA habituel) avec votre CA réduit pendant la retraite progressive. C’est ce ratio qui détermine la fraction de pension partielle versée.

Exemple chiffré :

Karim, consultant informatique indépendant (BNC, régime général), 62 ans, 155 trimestres validés. Son CA annuel habituel est de 60 000 €. Il décide de le ramener à 36 000 € pendant la retraite progressive.

  • Taux de réduction : (60 000 − 36 000) / 60 000 = 40 %
  • Fraction de pension versée : 40 % de sa pension provisoire
  • Si sa pension provisoire calculée est de 1 400 €/mois → il perçoit 560 €/mois de pension partielle
  • Plus ses revenus d’activité réduits : 36 000 € / 12 = 3 000 €/mois brut
  • Total mensuel brut estimé : ~3 560 €
SituationRevenus mensuels bruts
Plein régime (60 000 € CA)~5 000 €
Retraite progressive (36 000 € CA)~3 000 €
+ Pension partielle (40 %)+ 560 €
Total retraite progressive~3 560 €
Écart vs plein régime−1 440 €/mois

La retraite progressive n’efface pas la baisse de revenus — elle la compense partiellement. C’est un choix de confort de fin de carrière, pas une opération financièrement neutre.

Le calcul de la pension partielle : comment ça se passe concrètement

Quand vous déposez votre demande, la SSI réalise une liquidation provisoire de votre retraite. Elle calcule la pension à laquelle vous auriez droit si vous partiez définitivement à cette date, sur la base de vos droits acquis.

Lire  Je suis né en 1965 : à quel âge puis-je partir à la retraite ?

La fraction versée est proportionnelle à la réduction de votre chiffre d’affaires. Contrairement aux salariés, il n’y a pas de règle fixant un minimum ou maximum de réduction (40 % à 80 % pour les salariés) — la logique est plus souple pour les indépendants, mais votre caisse reste juge de la réalité de la baisse d’activité.

Un avantage souvent ignoré : la surcotisation volontaire

Les artisans et commerçants affiliés à la SSI ont la possibilité de demander à cotiser comme s’ils étaient à plein régime, même avec un CA réduit. Cette option, appelée surcotisation, permet de continuer à accumuler des droits à la retraite complémentaire au même rythme qu’avant la réduction d’activité. Elle a un coût immédiat, mais elle protège la pension définitive. C’est une option à évaluer sérieusement si votre retraite complémentaire représente une part importante de vos droits.

Le piège de la validation des trimestres en CA réduit

En retraite progressive, vous continuez à valider des trimestres — mais uniquement si votre CA réduit reste au-dessus des seuils de validation.

En 2026, pour valider 4 trimestres au régime général (SSI), un auto-entrepreneur prestataire de services doit réaliser un revenu annuel d’environ 7 128 € après abattement (estimation, à vérifier sur info-retraite.fr selon votre activité). Pour une activité commerciale, le seuil est plus bas.

Si votre CA tombe trop bas, vous risquez de ne valider que 2 ou 3 trimestres dans l’année. Simulez vos seuils avant de fixer votre niveau de réduction.

Les démarches pour demander la retraite progressive

Étape 1 — Vérifiez vos droits
Consultez votre relevé de carrière sur info-retraite.fr. Vérifiez le nombre de trimestres validés et l’estimation de votre pension provisoire.

Étape 2 — Constituez votre dossier SSI
Votre demande doit être déposée auprès de la SSI (ou Carsat si vous avez eu des périodes salariées). Les pièces à fournir comprennent :

  • Vos deux ou trois dernières déclarations de CA (URSSAF)
  • Votre relevé de carrière
  • Un justificatif de votre niveau d’activité envisagé (déclaration sur l’honneur ou plan d’activité)
  • Votre RIB et livret de famille
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Étape 3 — Attendez la liquidation provisoire
La caisse calcule votre pension provisoire et la fraction applicable selon votre réduction de CA. Vous pouvez contester ce calcul si vous estimez que votre CA de référence est mal établi.

Étape 4 — Gérez annuellement
Chaque année, vous devez justifier de votre niveau réel de CA auprès de la SSI. Si votre activité remonte (CA plus élevé que prévu), la fraction de pension peut être réduite.

Retraite progressive vs cumul emploi-retraite : quelle différence ?

Beaucoup de micro-entrepreneurs hésitent entre ces deux dispositifs. La distinction est nette :

CritèreRetraite progressiveCumul emploi-retraite
Âge minimum60 ansÂge légal de départ
Condition150 trimestres validésAvoir liquidé toutes ses retraites
Pension verséeFraction de pension provisoirePension complète
CotisationsContinuent à ouvrir des droitsÀ fonds perdus (sauf option spécifique)
Retraite définitiveRecalculée à la liquidation finaleFigée à la liquidation

Point clé : en retraite progressive, les cotisations versées continuent d’enrichir vos droits. En cumul emploi-retraite intégral, elles n’ouvrent pas de nouveaux droits supplémentaires (sauf depuis la réforme de 2023 pour les situations spécifiques). Si vous avez encore des trimestres à valider ou des points à accumuler, la retraite progressive est plus avantageuse à long terme.

Conseil stratégique : Avant de déposer votre demande, faites réaliser une simulation comparée entre retraite progressive et cumul emploi-retraite auprès de la SSI. Les deux dispositifs n’ont pas le même impact sur votre pension définitive, et le bon choix dépend du nombre de trimestres qu’il vous reste à valider.

FAQ

Un auto-entrepreneur à la CIPAV peut-il faire une retraite progressive ?
Depuis la réforme des retraites de 2023, les professions libérales affiliées à la CIPAV ont accès à la retraite progressive. C’était une exclusion longtemps critiquée, désormais levée. Vérifiez auprès de votre caisse CIPAV les modalités spécifiques, qui peuvent différer légèrement de celles de la SSI.

Peut-on combiner retraite progressive et activité salariée en parallèle ?
Non. La condition d’exclusivité d’activité exige que vous exerciez uniquement votre activité d’auto-entrepreneur pendant la retraite progressive. Une activité salariée parallèle rend le dispositif inaccessible.

Si mon CA remonte pendant la retraite progressive, que se passe-t-il ?
Votre fraction de pension est ajustée chaque année en fonction de votre CA réel déclaré. Si votre activité reprend à un niveau proche du plein régime, la pension partielle sera réduite ou suspendue. La retraite progressive s’adapte à votre situation réelle — en bien comme en mal.

Est ce que les auto entrepreneurs cotisent pour la retraite ?

Auteur/autrice

  • Julien Delorme est auteur et analyste indépendant spécialisé dans les retraites et les droits des retraités. Il publie des contenus pratiques sur les pensions, les réformes et les démarches administratives pour aider les seniors à mieux comprendre leurs droits.

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