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Comment est calculée la retraite sur les 25 meilleures années ?

comment est calculée la retraite sur les 25 meilleures années
Comment est calculée la retraite sur les 25 meilleures années

Quand on parle de retraite dans le secteur privé, une expression revient systématiquement : « les 25 meilleures années ». Mais qu’est-ce que ça veut dire exactement ? Comment la CNAV choisit ces années ? Que se passe-t-il si vous avez travaillé moins de 25 ans, ou si vous avez été fonctionnaire une partie de votre carrière ? Et depuis 2026, les règles ont changé pour certaines femmes — un point que beaucoup ignorent encore.

On va répondre à toutes ces questions avec des exemples chiffrés concrets, une comparaison privé/fonctionnaire, et les pièges les plus fréquents qui peuvent faire baisser votre pension sans que vous le sachiez.

À retenir : La retraite de base du secteur privé est calculée sur le Salaire Annuel Moyen (SAM), soit la moyenne de vos 25 meilleures années de salaires bruts revalorisés, plafonnés au PASS (48 060 €/an en 2026). La formule complète est : Pension annuelle = SAM × taux × (trimestres validés / trimestres requis). Le taux plein est de 50 %.

La formule de base : ce que signifient vraiment les 25 meilleures années

Le principe est simple à énoncer, moins simple à appliquer. La CNAV identifie, parmi toutes vos années de carrière, les 25 années civiles où votre salaire annuel brut cotisé a été le plus élevé. Elle les additionne, puis divise par 25. Le résultat est votre Salaire Annuel Moyen (SAM).

Ce SAM est ensuite multiplié par deux autres éléments :

  • Votre taux de liquidation : 50 % au taux plein, réduit de 1,25 % par trimestre manquant en cas de départ anticipé
  • Votre coefficient de proratisation : le rapport entre vos trimestres validés et le nombre de trimestres requis pour votre génération

La formule complète :

Pension annuelle brute = SAM × Taux × (Trimestres validés / Trimestres requis)

Exemple concret — Thomas, né en 1964, départ à 64 ans en 2028 :

Thomas a travaillé 40 ans dans le privé. Ses 25 meilleures années de salaires revalorisés totalisent 875 000 €.

ÉtapeCalculRésultat
SAM875 000 € / 2535 000 €/an
Taux plein50 %
Trimestres170 validés / 170 requis100 %
Pension annuelle brute35 000 × 50 % × 117 500 €/an
Pension mensuelle brute~1 458 €/mois

À ce montant s’ajoute la retraite complémentaire Agirc-Arrco, calculée en points (valeur du point : 1,4765 € en 2026). La pension totale d’un cadre représente généralement 70 à 80 % de la pension de base.

Ce que la CNAV prend — et ne prend pas — en compte

Tous vos salaires ne sont pas automatiquement éligibles au calcul du SAM. Plusieurs règles de filtrage s’appliquent.

Ce qui est inclus dans le SAM :

  • Les salaires bruts annuels soumis à cotisation vieillesse
  • Les primes et heures supplémentaires (intégrées dans le brut cotisé)
  • Les indemnités journalières de maternité (depuis 2012 pour les congés postérieurs à cette date)

Ce qui est exclu :

  • Les frais professionnels (remboursements de frais réels)
  • Les indemnités de licenciement
  • L’année de départ à la retraite (toujours exclue, car elle n’est pas une année civile complète)
  • Les années où vos revenus n’ont pas généré au moins un trimestre validé (revenus inférieurs à 150 fois le SMIC horaire dans l’année, soit 1 803 € par trimestre en 2026)

Le plafonnement au PASS :
Chaque salaire annuel retenu est plafonné au Plafond Annuel de la Sécurité Sociale de l’année concernée. En 2026, ce plafond est de 48 060 €/an (4 005 €/mois). Si vous avez gagné 70 000 € en 2024, seuls 48 060 € entrent dans le calcul du SAM. Le reste a cotisé à l’Agirc-Arrco mais n’enrichit pas la retraite de base.

Concrètement, cela signifie que la pension de base maximale pour un salarié du privé est d’environ 2 003 €/mois brut (48 060 × 50 % / 12), quelle que soit la hauteur de votre salaire. Les revenus au-dessus du PASS sont uniquement couverts par la complémentaire.

Lire  Vais-je perdre ma pension de réversion si je vis en concubinage : la réponse complète

La revalorisation des salaires passés :
Un salaire perçu il y a 30 ans n’a pas la même valeur qu’aujourd’hui. La CNAV applique chaque année des coefficients de revalorisation officiels pour ramener les anciens salaires à un niveau comparable. Ces coefficients sont fixés par arrêté et reflètent l’évolution des prix. Un salaire de 15 000 € en 1990 peut devenir 32 000 € après revalorisation — ce mécanisme protège les assurés dont les meilleures années de revenus sont anciennes.

Calcul retraite dans le privé : les situations particulières à connaître

Carrière incomplète : moins de 25 ans de salaires cotisés

Si vous avez travaillé moins de 25 ans dans le régime général — carrière tardive, longues périodes de chômage non cotisant, expatriation non couverte — la CNAV ne divise pas par 25 mais par le nombre d’années effectivement cotisées.

Exemple :

Sylvie a 18 années de salaires bruts cotisés dans le régime général (le reste de sa carrière étant constitué de trimestres assimilés non cotisants). Le total de ses salaires revalorisés sur ces 18 ans est de 432 000 €.

Son SAM = 432 000 / 18 = 24 000 € — et non 432 000 / 25 = 17 280 €.

C’est un point souvent méconnu : une carrière incomplète n’est pas automatiquement pénalisée dans le calcul du SAM. En revanche, elle peut l’être sur le nombre de trimestres, avec une proratisation de la pension (coefficient trimestres validés / trimestres requis inférieur à 1) et une décote éventuelle.

La nouveauté 2026 : le SAM réduit à 23 ou 24 ans pour les mères

La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a introduit une mesure favorable aux femmes ayant des enfants, pour compenser les interruptions ou ralentissements de carrière liés à la maternité.

Pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026 (date de publication du décret d’application attendu courant 2026) :

SituationNombre d’années retenues pour le SAM
Pas d’enfant, ou père25 ans (inchangé)
Mère d’un enfant24 meilleures années
Mère de deux enfants ou plus23 meilleures années

En retirant les une ou deux années les moins favorables du calcul, le SAM augmente mécaniquement — et donc la pension de base aussi. Pour une femme dont les années de maternité coïncident avec ses revenus les plus faibles, le gain peut représenter 30 à 80 €/mois de pension supplémentaire.

Point d’attention : au moment de la rédaction de cet article, le décret d’application n’était pas encore publié. La date d’effet précise (1er septembre 2026 ou autre) doit être confirmée. Si vous êtes mère et que votre départ est prévu en 2026, consultez votre Carsat pour vérifier si vous entrez dans le périmètre de cette mesure.

Calcul retraite : 10 ou 25 meilleures années pour les fonctionnaires ?

C’est la question que se posent tous les agents publics — et tous les salariés ayant eu une période dans la fonction publique. La réponse est tranchée : les fonctionnaires ne sont pas calculés sur les 25 meilleures années.

Comment fonctionne le calcul CNRACL

Pour les fonctionnaires titulaires relevant de la CNRACL (fonctionnaires territoriaux et hospitaliers) ou du SRE (fonctionnaires d’État), la pension de base est calculée sur une base radicalement différente :

Revenu de référence = Traitement indiciaire brut détenu pendant les 6 derniers mois d’activité

Pas de moyenne sur 25 ans. Pas de revalorisation des salaires passés. Uniquement le dernier traitement brut, multiplié par un taux de liquidation pouvant atteindre 75 % (contre 50 % au régime général).

Formule CNRACL :

Pension annuelle = Traitement des 6 derniers mois × Taux (max 75 %) × (Trimestres CNRACL / Trimestres requis)

Lire  Cumul des retraites pour les politiques : ce que la loi permet vraiment

Exemple — Isabelle, fonctionnaire hospitalière, 63 ans :

Traitement indiciaire brut mensuel lors des 6 derniers mois : 2 400 €, soit 28 800 €/an.
Trimestres CNRACL validés : 172 / 172 requis.

ÉtapeCalculRésultat
Revenu de référence28 800 €/an
Taux plein CNRACL75 %
Proratisation172/172100 %
Pension annuelle brute28 800 × 75 %21 600 €/an
Pension mensuelle brute1 800 €/mois

Avec un salaire identique, le taux de 75 % (contre 50 % dans le privé) compense largement l’absence de prise en compte des meilleures années passées. C’est pourquoi les fonctionnaires ont intérêt à obtenir un avancement de grade ou d’échelon dans les 6 mois précédant leur départ — une promotion de dernière minute se répercute directement sur la pension à vie.

Pourquoi l’expression « 10 meilleures années » circule-t-elle pour les fonctionnaires ?

Elle correspond à une époque révolue ou à une confusion. Avant la réforme Balladur de 1993, le régime général calculait la retraite sur les 10 meilleures années — et non 25. Ce passage progressif de 10 à 25 ans (achevé en 2013 pour les personnes nées à partir de 1953) a été l’un des éléments marquants de cette réforme.

Aujourd’hui, ni le régime général ni la CNRACL ne calculent sur 10 meilleures années. Le chiffre de 10 ans peut encore apparaître dans certains simulateurs anciens ou lors de comparaisons historiques, mais il ne correspond plus à aucune réalité de calcul en vigueur en 2026.

Le cas particulier des carrières mixtes (privé + fonction publique)

Beaucoup de Français ont cotisé successivement dans le régime général et dans la CNRACL — ou dans l’ordre inverse. Dans ce cas, deux pensions distinctes sont calculées et s’additionnent :

  • La pension CNAV, calculée sur les 25 meilleures années de salaires privés (ou le nombre d’années réellement cotisées si inférieur à 25)
  • La pension CNRACL, calculée sur le dernier traitement indiciaire des 6 derniers mois, proratisée selon les trimestres CNRACL

Chaque régime applique ses propres règles. Il n’y a pas de fusion des deux modes de calcul. La décote s’applique séparément dans chaque régime si les trimestres sont insuffisants.

Ce que ça change en pratique :

Un salarié ayant travaillé 15 ans dans le privé puis 25 ans comme fonctionnaire calculera :

  • Sa pension CNAV sur ses 15 années de salaires privés (divisées par 15, pas par 25)
  • Sa pension CNRACL sur son dernier traitement à 75 %, proratisée à 25/172 trimestres ou selon le nombre requis pour sa génération

La coordination des deux pensions est instruite automatiquement par les caisses respectives, à condition que votre relevé de carrière reflète bien toutes les périodes.

Les 5 erreurs qui font baisser votre SAM sans que vous le sachiez

Erreur n°1 : Des salaires mal reportés sur le relevé de carrière
Selon certaines estimations du secteur, une proportion significative de relevés de carrière contiennent des erreurs — salaires sous-déclarés, années manquantes, périodes attribuées au mauvais régime. Chaque salaire mal reporté peut sortir une bonne année du calcul et la remplacer par une année moins favorable. Vérifiez votre relevé de carrière sur info-retraite.fr dès 55 ans, pas la veille du départ.

Erreur n°2 : Ignorer l’impact des années à temps partiel
Une année à temps partiel à 60 % génère un salaire annuel réduit de 40 %. Si cette année figure parmi vos 25 meilleures, elle fait baisser le SAM. En retraite progressive, ce mécanisme est particulièrement pertinent : plusieurs années à temps partiel peuvent remplacer de meilleures années antérieures et amputer la pension définitive.

Erreur n°3 : Croire que les primes ne comptent pas
Les primes versées par l’employeur et soumises à cotisation vieillesse entrent dans le calcul du SAM. Un 13e mois, une prime de performance ou des heures supplémentaires rémunérées augmentent le salaire annuel retenu — et peuvent faire passer une année dans le Top 25 ou en sortir une autre.

Lire  Est-ce que les heures supplémentaires comptent pour la retraite ?

Erreur n°4 : Ne pas prendre en compte le PASS de chaque année
Chaque salaire annuel est plafonné au PASS de l’année en question — pas au PASS actuel. Le PASS était de 30 192 € en 2000, de 38 616 € en 2010, de 41 136 € en 2020. Un cadre qui a gagné 60 000 € en 2000 n’avait que 30 192 € retenus pour cette année-là. Ce plafonnement peut faire une différence notable sur le SAM global.

Erreur n°5 : Confondre année cotisée et année validée
Une année peut générer des trimestres validés (assimilés : chômage, maladie, maternité) sans générer un salaire retenu pour le SAM. Les trimestres assimilés n’enrichissent pas le SAM — ils enrichissent seulement le compteur de trimestres. Ce sont deux choses distinctes.

Comment optimiser ses 25 meilleures années

Demandez votre relevé de carrière maintenant. Sur info-retraite.fr, accédez à votre relevé de situation individuelle. Identifiez les années avec les salaires les plus élevés et vérifiez qu’ils sont correctement reportés. En cas d’erreur, signalez-la à votre Carsat avec les justificatifs (bulletins de paie, attestations employeur).

Anticipez l’impact du temps partiel. Si vous envisagez une retraite progressive ou un passage à temps partiel en fin de carrière, simulez l’impact sur votre SAM. Le simulateur M@rel sur info-retraite.fr permet de comparer les scénarios.

Pour les fonctionnaires : visez une promotion dans les 6 mois avant le départ. Chaque point d’indice supplémentaire obtenu avant la date de liquidation se répercute directement sur la pension à vie. Un reclassement ou une promotion de dernière minute vaut parfois plusieurs dizaines d’euros par mois à vie.

Si vous êtes mère : vérifiez l’application de la mesure 2026. À partir de l’entrée en vigueur du décret (attendu pour le 1er septembre 2026), vos pensions seront calculées sur 24 ou 23 ans selon le nombre d’enfants. Si votre départ est prévu avant cette date, demandez à votre Carsat si un report de quelques mois serait financièrement avantageux dans votre cas.

Conseil stratégique : Faites vérifier votre relevé de carrière entre 55 et 58 ans, pas à 63 ans. À 55 ans, vous avez encore le temps de corriger les erreurs, de racheter des trimestres manquants, et d’optimiser vos dernières années de cotisation. À 63 ans, les marges de manœuvre sont très réduites.

FAQ

Si j’ai travaillé moins de 25 ans, sur combien d’années calcule-t-on mon SAM ?
La CNAV divise par le nombre d’années civiles effectivement cotisées — pas automatiquement par 25. Si vous avez 18 années de salaires cotisés, votre SAM sera calculé en divisant par 18. Cela protège les carrières courtes d’une dilution artificielle par des années vides. En revanche, la proratisation de la pension (coefficient trimestres validés / trimestres requis) peut s’appliquer et réduire le montant final.

Un fonctionnaire ayant travaillé quelques années dans le privé a-t-il droit aux 25 meilleures années ?
Oui, pour la partie privée de sa carrière. La pension CNAV correspondant aux périodes salariées dans le régime général est calculée sur les 25 meilleures années de ces périodes. Elle s’additionne à la pension CNRACL calculée sur le dernier traitement. Les deux calculs sont indépendants et menés par leurs caisses respectives.

Les indemnités de chômage entrent-elles dans le calcul des 25 meilleures années ?
Non. Les périodes de chômage génèrent des trimestres assimilés (qui enrichissent le compteur de trimestres) mais pas de salaire cotisé. Elles n’entrent donc pas dans le calcul du SAM. Une période de chômage longue peut empêcher une bonne année de revenu de figurer parmi les 25 retenues si elle la remplace dans le décompte des années civiles — mais elle ne génère aucun salaire à inclure dans la moyenne.

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Auteur/autrice

  • Julien Delorme est auteur et analyste indépendant spécialisé dans les retraites et les droits des retraités. Il publie des contenus pratiques sur les pensions, les réformes et les démarches administratives pour aider les seniors à mieux comprendre leurs droits.

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