
Depuis le 1er septembre 2025, la retraite progressive est accessible dès 60 ans pour toutes les générations et tous les statuts. C’est une avancée importante — mais le dispositif reste conditionnel. Beaucoup de personnes pensent y avoir droit automatiquement à 60 ans et découvrent à l’instruction que l’une des conditions n’est pas remplie : trimestres insuffisants, accord employeur refusé, quotité non respectée ou statut exclu.
Ce guide démonte chaque condition une par une, avec les seuils exacts, les cas limites, et les pièges que les formulaires officiels ne mentionnent pas.
À retenir : Trois conditions sont cumulatives en 2026 pour accéder à la retraite progressive à 60 ans : avoir 60 ans révolus, justifier d’au moins 150 trimestres validés tous régimes confondus, et exercer une activité à temps partiel dans la fourchette 40 % à 80 % (ou 50 % à 90 % pour les fonctionnaires titulaires). Aucune de ces conditions ne peut se substituer à une autre.
Condition n°1 : l’âge de 60 ans — les nuances que personne n’explique
L’âge minimum est fixé à 60 ans par les décrets n°2025-680 et n°2025-681 du 15 juillet 2025, applicables depuis le 1er septembre 2025. Ce chiffre s’applique à toutes les générations, sans distinction d’année de naissance.
Ce que « 60 ans révolus » signifie :
L’âge s’apprécie à la date d’effet de la pension partielle, pas à la date de dépôt de la demande. Vous pouvez donc déposer votre dossier quelques mois avant votre 60e anniversaire, à condition que la prise d’effet soit postérieure à cette date.
Si votre anniversaire est le 20 juin 2026, vous pouvez déposer votre demande dès janvier 2026 pour une prise d’effet au 1er juillet 2026 (premier jour du mois suivant votre 60e anniversaire). La Carsat instruit le dossier en amont.
Le délai de dépôt recommandé est de 5 mois avant la date d’effet souhaitée. En pratique, déposer 5 mois à l’avance garantit que le premier versement interviendra bien dès la date prévue.
Les cas où l’âge de 60 ans ne suffit pas à déclencher la prise d’effet :
Si vous déposez votre demande à 60 ans mais que vous ne travaillez pas encore à temps partiel à cette date, la prise d’effet est reportée au premier jour du mois civil suivant la date à laquelle vous êtes effectivement en situation de temps partiel. L’âge et les trimestres ne sont pas suffisants — il faut que la situation de temps partiel soit effective.
Condition n°2 : les 150 trimestres — ce qui compte et ce qui ne compte pas
C’est la condition sur laquelle les erreurs sont les plus fréquentes. Le chiffre de 150 trimestres est simple à énoncer, mais ce qui entre dans ce décompte l’est moins.
Ce qui compte :
La durée d’assurance d’au moins 150 trimestres s’apprécie tous régimes de base confondus. Sont comptabilisés :
- Les trimestres cotisés (périodes travaillées avec cotisation effective)
- Les trimestres assimilés : chômage indemnisé, maladie, maternité, accident du travail, service militaire, service civique
- Les trimestres majorés : trimestres pour enfants (entre 2 et 8 selon les modalités)
- Les trimestres validés dans d’autres régimes : CNRACL, SRE, SSI, CIPAV, MSA, régimes étrangers de l’UE/EEE
- Les trimestres rachetés au titre des études supérieures ou des années incomplètes — à condition que le versement soit intégralement effectué avant la date de demande
Ce qui ne compte pas :
- Les périodes de chômage non indemnisé (radiation, démission sans droits)
- Les périodes travaillées à l’étranger hors UE/EEE sans accord bilatéral de totalisation
- Les périodes de disponibilité dans la fonction publique sans cotisation
- Les trimestres rachetés mais dont le paiement est encore en cours
Le piège de la vérification tardive :
Les individus ayant eu des parcours professionnels morcelés — temps partiel subi, interruptions pour raisons familiales ou maladie — peinent parfois à réunir les 150 trimestres requis. Vérifiez votre total sur info-retraite.fr au moins 12 mois avant votre 60e anniversaire. En cas d’anomalie sur le relevé de carrière (période manquante, erreur d’attribution), le délai de correction peut être long.
Le seuil de 150 trimestres en pratique :
150 trimestres = 37,5 années de durée d’assurance. Un salarié entré dans la vie active à 22 ans aura théoriquement 152 trimestres à 60 ans — légèrement au-dessus du seuil. Mais avec des interruptions (chômage non indemnisé, congé parental long, période à l’étranger), ce total peut descendre sous les 150.
Condition n°3 : la quotité de travail — les fourchettes selon le statut
La quotité de travail doit être comprise entre 40 % et 80 % pour les salariés du secteur privé (contre 50 % à 90 % pour les fonctionnaires titulaires).
Tableau des fourchettes par statut :
| Statut | Quotité minimale | Quotité maximale |
|---|---|---|
| Salarié secteur privé | 40 % | 80 % |
| Fonctionnaire titulaire (État, territorial, hospitalier) | 50 % | 90 % |
| Cadre au forfait jours | 87 jours/an | 174 jours/an |
| Travailleur indépendant, TNS | Revenus ≥ 40 % du revenu de référence | Revenus ≤ 80 % du revenu de référence |
| Agent à temps non complet | Sans réduction supplémentaire obligatoire | 90 % cumulé |
La condition ne s’apprécie pas par semaine mais par rapport à la durée de référence applicable. Pour un salarié dont le temps plein est de 39 heures (accord de branche), 80 % correspond à 31,2 heures — pas à 28 heures (80 % de 35).
Cas des multi-employeurs :
En cas de multi-employeurs, le calcul s’effectue sur la somme des quotités. Un salarié travaillant à 30 % chez un employeur et 40 % chez un autre totalise 70 %, ce qui respecte la fourchette autorisée. Si le total dépasse 80 %, la pension est suspendue pour le mois concerné.
Cas des cadres au forfait jours :
Depuis le 1er janvier 2022, les salariés en forfait jours réduit sont éligibles. La quotité doit être comprise entre 40 % et 80 % d’un temps complet, soit entre 87 jours et 174 jours de travail par an sur une base de référence de 218 jours.
Condition n°4 (implicite) : l’accord de l’employeur
Dans le cadre de la retraite progressive, vous devez en premier lieu obtenir l’accord de votre employeur pour en bénéficier. Ce dernier n’est pas tenu d’accepter votre demande, sauf si un accord collectif d’aménagement de fin de carrière le prévoit. En revanche, s’il refuse, il doit justifier son refus en invoquant l’incompatibilité avec l’activité économique de l’entreprise.
Depuis la loi n°2025-989 du 24 octobre 2025 : le refus doit être motivé de manière détaillée par lettre recommandée dans un délai de deux mois. Un refus vague ou non documenté peut être contesté devant le Conseil de prud’hommes.
L’absence de réponse dans les deux mois vaut acceptation tacite. C’est un mécanisme nouveau : si votre employeur ne répond pas à votre demande dans le délai, vous êtes réputé avoir obtenu son accord.
Exception importante : si le salarié est déjà à temps partiel et remplit les conditions pour bénéficier de la retraite progressive, l’accord de l’employeur n’est pas nécessaire. Il devra simplement lui demander de remplir une attestation dont il aura besoin pour sa demande.
Les conditions selon le statut : tableau comparatif complet
| Critère | Salarié privé | Fonctionnaire titulaire | Indépendant/TNS | Libéral CIPAV |
|---|---|---|---|---|
| Âge minimum | 60 ans | 60 ans | 60 ans | 60 ans |
| Trimestres | 150 tous régimes | 150 tous régimes | 150 tous régimes | 150 tous régimes |
| Quotité/réduction | 40–80 % | 50–90 % | Revenus 40–80 % du référence | Revenus 40–80 % du référence |
| Accord requis | Employeur | Administration | Non (auto-déclaré) | Non |
| Prise d’effet | M+1 de l’accord | 1er du mois suivant | 1er janvier N+1 | 1er janvier N+1 |
| Surcotisation | Possible (2 accords) | Possible (max 4 trim.) | Non prévue | Variable selon caisse |
Ce qui suspend ou interrompt la retraite progressive
Une fois en retraite progressive, plusieurs événements peuvent suspendre ou mettre fin au dispositif :
Suspension temporaire :
- Dépassement de la quotité maximale un mois donné (ex. : heures complémentaires amenant le total au-dessus de 80 %)
- Temps partiel thérapeutique après arrêt maladie : incompatible avec la retraite progressive, qui est suspendue pendant toute la durée du TPT
Fin définitive :
- Retour à temps plein
- Rupture du contrat de travail (licenciement, démission, rupture conventionnelle)
- Liquidation définitive de la retraite
- Attention : en cas d’arrêt longue maladie, si vous reprenez à temps plein pour toucher votre rémunération complète, vous perdez définitivement le bénéfice de la retraite progressive. Restez à temps partiel pendant l’arrêt pour conserver vos droits.
Les conditions spécifiques aux fonctionnaires territoriaux
Les fonctionnaires titulaires des trois versants — État, territoriale, hospitalière — partagent les mêmes conditions de base : 60 ans, 150 trimestres, quotité 50–90 %. Les contractuels suivent les règles du privé (quotité 40–80 %).
Pour la fonction publique territoriale spécifiquement :
Les agents territoriaux en retraite progressive relèvent de la CNRACL. Leur demande peut être déposée soit directement sur info-retraite.fr (qui transmet automatiquement à la CNRACL), soit via l’employeur sur la plateforme PEP’s.
Les agents à temps non complet (ATSEM, agents d’entretien, animateurs…) sont éligibles à la retraite progressive sans avoir à réduire leurs heures si leur quotité est déjà dans la fourchette. La condition de quotité minimale de 50 % ne s’applique pas à eux si leur temps non complet est inférieur. En revanche, leur cumul d’activité total est plafonné à 90 % d’un temps complet.
La surcotisation est possible pour les fonctionnaires territoriaux, mais plafonnée à 4 trimestres supplémentaires sur toute la durée de la retraite progressive. Elle nécessite l’accord de l’administration et est calculée sur la base du traitement indiciaire à temps complet.
Vérification des conditions : le checklist avant de déposer
6 mois avant vos 60 ans :
Étape 1 — Vérifiez le total de trimestres validés sur info-retraite.fr. Si des périodes sont manquantes, signalez-les à votre caisse avec les justificatifs (bulletins de paie, attestations employeur).
Étape 2 — Calculez votre quotité cible. En dessous de 40 % → inéligible. Au-dessus de 80 % → inéligible. Entre les deux → éligible. Pour les fonctionnaires, les seuils sont 50 % et 90 %.
Étape 3 — Initiez la négociation avec votre employeur ou votre administration. Demandez un accord de principe écrit, formalisé par avenant au contrat de travail avec une date d’effet future.
Étape 4 — Simulez le montant de la pension partielle sur le simulateur M@rel sur info-retraite.fr. Vérifiez que le revenu total (salaire réduit + pension partielle) est compatible avec vos charges fixes.
Étape 5 — Déposez la demande. Pour les salariés du privé : sur lassuranceretraite.fr ou en version papier (formulaire S4150). Pour les fonctionnaires d’État : via ENSAP. Pour les fonctionnaires territoriaux/hospitaliers : via info-retraite.fr ou PEP’s via l’employeur.
La règle d’or : vérifiez vos conditions à 58 ans, pas le jour de votre anniversaire.
Conseil stratégique : Si vous êtes à quelques trimestres du seuil de 150 à 58-59 ans, calculez combien de mois supplémentaires de travail vous séparent du seuil. Chaque trimestre cotisé entre 58 et 60 ans rapproche de l’éligibilité — et peut aussi enrichir votre SAM si ces années figurent parmi vos 25 meilleures.
FAQ
Peut-on entrer en retraite progressive à 60 ans si on a déjà une activité à temps partiel ?
Oui, et dans ce cas l’accord de l’employeur n’est pas nécessaire. Si votre quotité actuelle est déjà dans la fourchette 40–80 %, vous pouvez demander la retraite progressive sans modifier votre contrat. L’employeur devra simplement signer une attestation confirmant votre quotité de travail.
Les trimestres rachetés comptent-ils dans les 150 ?
Oui, mais uniquement si le versement est intégralement effectué avant la date de demande. Un rachat en cours de paiement fractionné ne compte pas encore dans le total.
Que se passe-t-il si je dépasse 80 % de quotité un mois donné (heures complémentaires) ?
La pension partielle est suspendue pour ce mois-là. Le dépassement ponctuel ne met pas fin définitivement au dispositif, mais vous perdez la fraction de pension du mois concerné. Vérifiez avec votre employeur que les heures complémentaires restent en deçà de 10 % de votre durée contractuelle.
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