
Vous avez travaillé en France, en Belgique ou dans un autre pays d’immigration, et vous envisagez de rentrer vivre en Algérie pour votre retraite ? Ou vous vous demandez simplement ce que vous pouvez percevoir une fois à la retraite, que vous restiez ou que vous rentriez ? Ce guide vous répond clairement : droits à la pension française depuis l’Algérie, retraite algérienne pour ceux qui ont cotisé en Algérie, convention franco-algérienne, certificat de vie, couverture santé et démarches pratiques.
La situation des immigrés algériens à la retraite : deux cas bien distincts
La question de la retraite pour les immigrés algériens recouvre en réalité deux situations très différentes, qu’il faut distinguer dès le départ :
Cas n°1 — Vous avez travaillé en France (ou dans un autre pays) et vous voulez rentrer vivre en Algérie à la retraite. Dans ce cas, vous percevrez votre pension du pays où vous avez cotisé, versée en Algérie. La convention franco-algérienne de sécurité sociale garantit ce droit.
Cas n°2 — Vous avez travaillé en Algérie, au moins une partie de votre carrière. Dans ce cas, vous avez potentiellement des droits auprès de la Caisse Nationale des Retraites (CNR) algérienne, en plus de vos droits dans votre pays d’immigration. Les deux pensions sont cumulables.
La convention franco-algérienne de sécurité sociale : la clé de tout
Le fondement juridique de la retraite des travailleurs ayant eu une carrière entre la France et l’Algérie est la convention générale de sécurité sociale du 1er octobre 1980, entrée en vigueur le 1er février 1982, complétée par un protocole annexe en 2016.
Cette convention repose sur deux principes essentiels :
L’égalité de traitement : les ressortissants français et algériens bénéficient des mêmes droits en matière de protection sociale dans chacun des deux pays, sans discrimination.
La totalisation des périodes de cotisation : les périodes d’assurance accomplies en France et en Algérie sont additionnées pour déterminer si vous avez le droit à une pension, à condition qu’elles ne se superposent pas. Chaque pays verse ensuite sa part de pension proportionnellement aux années cotisées sur son sol.
En pratique : Un immigré algérien ayant travaillé 25 ans en France et 5 ans en Algérie percevra une pension française correspondant à ses 25 années françaises, ET une pension algérienne correspondant à ses 5 années algériennes. Les deux sont exportables et cumulables.
La Belgique a également signé une convention de sécurité sociale avec l’Algérie (convention algéro-belge du 27 février 1968), tout comme plusieurs autres pays ayant accueilli une immigration algérienne importante.
Recevoir sa pension française en vivant en Algérie
Le droit de base
Si vous avez cotisé au régime français de sécurité sociale, vous avez le droit de percevoir votre pension française où que vous résidiez dans le monde, y compris en Algérie. Le lieu de résidence n’annule pas vos droits acquis.
L’Algérie est le premier pays de résidence des retraités nés à l’étranger percevant une pension française : en 2023, plus de 360 000 retraités vivant en Algérie percevaient au total 1,1 milliard d’euros de pensions françaises, selon les chiffres communiqués lors des débats parlementaires de 2025.
Comment faire la demande si vous résidez en Algérie ?
Si vous résidez en Algérie au moment de la demande, vous devez déposer votre dossier auprès de la Caisse Nationale des Retraites (CNR) algérienne, qui transmettra les formulaires à la caisse française compétente (CNAV, CARSAT ou MSA selon votre activité). La demande peut aussi être adressée directement à votre caisse française — elle sera alors transmise à la CNR algérienne.
Il est conseillé d’introduire la demande environ 6 mois à 1 an avant la date souhaitée de départ à la retraite. Pensez à indiquer tous les pays et employeurs pour lesquels vous avez cotisé.
Le certificat de vie : une obligation annuelle
Pour continuer à percevoir votre pension française depuis l’Algérie, vous devez prouver chaque année que vous êtes en vie. C’est ce qu’on appelle le certificat de vie (ou attestation d’existence).
Depuis novembre 2025, les règles ont évolué :
- Le certificat de vie doit désormais être délivré par le consulat français de votre lieu de résidence en Algérie, et non plus par les autorités locales algériennes (mairie ou notaire), comme c’était le cas auparavant.
- En parallèle, la CNAV a introduit un système de preuve de vie biométrique (application smartphone avec reconnaissance faciale) pour les retraités résidant à l’étranger. Ce procédé remplace progressivement les anciens formulaires papier.
- Pour les personnes à mobilité réduite ou ne disposant pas d’un smartphone, des équipes consulaires mobiles peuvent intervenir à domicile.
Important : Sans certificat de vie valide transmis à votre caisse de retraite, le versement de votre pension peut être suspendu. Respectez scrupuleusement le calendrier annuel imposé.
Fiscalité et prélèvements sociaux depuis l’Algérie
Attention, changement important depuis 2025 : Un amendement au projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2025, adopté par l’Assemblée nationale française, a supprimé l’exonération de CSG, CRDS et CASA dont bénéficiaient jusqu’ici les pensionnés français résidant à l’étranger. Les retraités algériens percevant une pension française sont désormais soumis à ces prélèvements, ce qui peut légèrement réduire le montant net perçu.
En contrepartie, résider en Algérie vous exonère de la fiscalité française sur le revenu, votre imposition relevant en principe de la législation algérienne, qui s’avère souvent moins lourde. Un certificat de résidence fiscale algérienne peut vous être demandé pour éviter toute double imposition.
La pension algérienne : à quoi avez-vous droit si vous avez cotisé en Algérie ?
Le système de retraite algérien
En Algérie, la retraite est gérée par deux organismes principaux selon votre statut professionnel :
- La Caisse Nationale des Retraites (CNR) pour les salariés du secteur public et privé affiliés à la sécurité sociale
- La Caisse Nationale de Sécurité Sociale des Non-Salariés (CASNOS) pour les travailleurs indépendants, artisans, commerçants, agriculteurs et professions libérales
L’âge légal de départ à la retraite en Algérie
L’âge légal de départ à la retraite en Algérie est fixé à :
- 60 ans pour les hommes
- 55 ans pour les femmes (avec une réduction supplémentaire d’un an par enfant élevé, dans la limite de 3 enfants)
Des dérogations existent pour certaines catégories professionnelles (enseignants, moudjahidines) et pour les travailleurs exerçant des métiers pénibles, qui peuvent partir dès 50 ans (hommes) ou 45 ans (femmes) avec au moins 20 années d’activité.
Les conditions minimales de cotisation
Pour prétendre à une pension de retraite complète en Algérie, il faut :
- Avoir atteint l’âge légal (60 ans pour les hommes, 55 ans pour les femmes)
- Avoir cotisé au moins 15 ans, dont la moitié en travail effectif (soit 7 ans et demi minimum)
Si vous n’avez pas atteint les 15 ans, mais avez cotisé entre 5 et 15 ans, vous pouvez bénéficier d’une allocation de retraite (plus modeste que la pension), à condition d’avoir 60 ans.
En dessous de 5 ans de cotisation, aucune prestation de retraite algérienne n’est due.
Important : Grâce à la convention franco-algérienne, les périodes cotisées en France peuvent être totalisées avec celles cotisées en Algérie pour atteindre le seuil des 15 ans requis. Si vous avez 8 ans cotisés en Algérie et 10 ans en France, vous avez potentiellement droit à une pension algérienne basée sur vos 8 années algériennes.
Comment est calculée la pension algérienne ?
La formule officielle de la Caisse Nationale des Retraites est la suivante :
Salaire de référence × 2,5 % × nombre d’années cotisées
Le salaire de référence est le salaire mensuel moyen des 5 dernières années précédant la mise à la retraite, ou — si c’est plus favorable — le salaire mensuel moyen des 5 meilleures années de la carrière.
Le montant maximum est plafonné à 80 % du salaire de référence. En deçà du minimum légal, la pension est automatiquement portée à 75 % du Salaire National Minimum Garanti (SNMG).
Exemple de calcul :
Un travailleur ayant cotisé 24 ans avec un salaire de référence de 50 000 DA par mois percevra :
50 000 DA × 2,5 % × 24 = 30 000 DA par mois (soit 60 % du salaire de référence).
Des majorations sont prévues :
- +2 500 DA par mois pour les retraités ayant un conjoint à charge
- +40 % du montant si l’état de santé du retraité nécessite l’assistance d’une tierce personne
Revalorisation annuelle des pensions algériennes
Les pensions algériennes sont revalorisées chaque année. En 2025-2026, le Conseil des ministres algérien a décidé une hausse de :
- +10 % pour les retraités percevant jusqu’à 20 000 DA par mois
- +5 % pour les pensions supérieures à 20 000 DA
Cas particulier : les Algériens résidant à l’étranger qui veulent faire valoir leurs droits CNR
Si vous résidez en France (ou dans un autre pays) et que vous avez travaillé en Algérie, vous pouvez demander votre pension algérienne depuis votre pays de résidence.
La procédure est la suivante :
- Vous déposez votre demande auprès de la caisse de retraite de votre pays de résidence (CNAV ou CARSAT en France, par exemple)
- Cette caisse transmet les formulaires de liaison à la CNR algérienne (agence de la wilaya où a eu lieu votre dernière activité en Algérie)
- La CNR valide votre carrière algérienne et liquide les droits correspondants
- La pension algérienne vous est versée dans votre pays de résidence, dans la monnaie locale (ce qui peut générer des frais de change)
Attention : Le versement de la pension algérienne depuis l’étranger suppose que vous fournissiez chaque année un certificat de vie à la CNR. Depuis novembre 2025, un système d’authentification biométrique est progressivement mis en place pour les retraités algériens résidant à l’étranger, remplaçant les anciens certificats papier.
Adhésion volontaire au régime algérien depuis l’étranger
Depuis le décret 22-351 du 18 octobre 2022, les Algériens résidant à l’étranger qui n’ont pas (ou peu) cotisé en Algérie peuvent adhérer volontairement au système de retraite algérien géré par la CNR. Cette option permet de se constituer des droits à pension algérienne même en l’absence d’activité salariée sur le territoire algérien.
De plus, à partir de 65 ans, il est possible de racheter jusqu’à 5 ans de cotisations pour atteindre le seuil minimal des 15 ans requis, à condition de ne pas encore avoir liquidé ses droits. Le coût du rachat est calculé sur la même base que celle utilisée pour la liquidation de la pension.
La couverture santé pour les retraités en Algérie
Si vous résidez en Algérie avec une pension française
La convention franco-algérienne vous permet de bénéficier d’une couverture maladie en Algérie au titre de votre pension française, à condition que vous n’ayez pas de droit propre au titre de la législation algérienne.
Pour l’activer, vous devez :
- Contacter la CNAS (Caisse Nationale des Assurances Sociales) algérienne de votre lieu de résidence
- La CNAS vérifie que vous n’êtes pas couvert par un régime algérien et transmet un formulaire (SE 352-08) à votre caisse française
- Si le droit est reconnu, vous et vos ayants droit résidant avec vous bénéficiez des prestations de la CNAS comme si vous étiez pensionné du régime algérien
En cas de séjour temporaire en France, votre pension française rémunérant au moins 15 ans d’assurance vous donne accès au remboursement de soins de santé en France, dans la limite du coût d’un traitement identique sur le territoire français.
Le certificat de résidence pour Algérien retraité en France
Pour les Algériens retraités qui souhaitent faire des allers-retours entre l’Algérie et la France, il existe un titre de séjour spécifique : le certificat de résidence mention « retraité ».
Ce document, valable 10 ans et renouvelable, permet d’entrer en France à tout moment pour des séjours d’une durée maximale d’un an sans visa. Il ne donne pas le droit de travailler en France.
Conditions pour en bénéficier :
- Être de nationalité algérienne
- Percevoir une pension de retraite d’un régime de base français de sécurité sociale
- Résider habituellement en Algérie
Le conjoint algérien peut également obtenir un certificat de résidence mention « conjoint de retraité » s’il a résidé régulièrement en France avec le retraité.
La demande se dépose à la préfecture (si vous êtes en France) ou au consulat français de votre lieu de résidence (si vous êtes en Algérie).
L’ASPA (minimum vieillesse) pour les Algériens en France
Pour les retraités algériens résidant en France dont la pension est insuffisante, l’Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées (ASPA) constitue un complément important.
En 2025, l’ASPA s’élève à 1 012,02 € par mois pour une personne seule et 1 571,16 € pour un couple. Elle vise à garantir un revenu minimum aux personnes âgées disposant de ressources modestes.
Grâce aux accords franco-algériens de 1980, les ressortissants algériens résidant en France ont un accès facilité à l’ASPA. Contrairement aux autres étrangers non-européens qui doivent justifier de 10 ans de résidence régulière en France, les Algériens bénéficient de conditions dérogatoires : ils doivent résider au moins 9 mois par an en France l’année du versement.
Attention : L’ASPA est soumise à récupération sur succession. Si vous possédez un patrimoine en Algérie, cela peut avoir des conséquences lors de votre décès.
Les démarches pratiques résumées
Si vous résidez en Algérie et voulez recevoir votre pension française :
- Informez votre CARSAT/CNAV de votre départ et de votre nouvelle adresse avant de quitter la France
- Demandez le formulaire S1 (ancien E121) à votre caisse de retraite pour activer la couverture santé en Algérie
- Déposez votre demande de pension auprès de la CNR algérienne ou directement auprès de votre caisse française, en précisant l’ensemble de votre carrière
- Fournissez chaque année votre certificat de vie (désormais via le consulat français ou par voie biométrique)
Si vous résidez en France et voulez récupérer une pension algérienne pour votre travail passé en Algérie :
- Contactez votre CARSAT/CNAV en France, qui transmettra votre demande à la CNR algérienne
- Préparez tous les documents attestant vos périodes de travail en Algérie (contrats, bulletins de salaire, attestations d’employeur)
- Pensez à vérifier que toutes vos périodes sont bien enregistrées auprès de la CNR
Organismes de contact :
- CNR (Caisse Nationale des Retraites, Algérie) : cnr.dz | Tél. : 00 213 021 44 60 23
- CNAV (France) : lassuranceretraite.fr | 3960
- CLEISS (Centre de liaisons européennes et internationales de sécurité sociale) : cleiss.fr
Agirc Arrco Retraite Aide A Domicile momentanée
FAQ — Retraite en Algérie pour les immigrés
Puis-je recevoir ma retraite française si je rentre vivre en Algérie ?
Oui, absolument. La convention franco-algérienne de sécurité sociale de 1980 garantit le versement de votre pension française en Algérie. Vous devrez simplement vous acquitter de l’obligation annuelle du certificat de vie et informer votre caisse de votre nouvelle adresse.
Est-ce que mes années travaillées en France comptent pour la retraite algérienne ?
Oui, dans le cadre de la totalisation prévue par la convention de 1980. Vos périodes françaises peuvent être additionnées à vos périodes algériennes pour atteindre le seuil des 15 ans requis pour une pension algérienne. Mais la pension algérienne elle-même ne sera calculée que sur les années cotisées en Algérie.
À quel âge peut-on partir à la retraite en Algérie ?
L’âge légal est de 60 ans pour les hommes et de 55 ans pour les femmes. Des départs anticipés sont possibles à 50 ans (hommes) ou 45 ans (femmes) pour les métiers pénibles, avec au moins 20 années d’activité.
Comment recevoir ma pension algérienne si je vis en France ?
Vous déposez votre demande auprès de votre CARSAT/CNAV en France, qui transmet les formulaires de liaison à la CNR algérienne. La pension algérienne vous sera ensuite versée en France, dans la monnaie française, via virement bancaire.
Dois-je payer des impôts en France sur ma pension si je vis en Algérie ?
Depuis la loi de financement de la Sécurité sociale 2025, les prélèvements sociaux français (CSG, CRDS, CASA) sont désormais appliqués aux pensions françaises versées à l’étranger. En revanche, vous relevez en principe de la fiscalité algérienne pour l’impôt sur le revenu, souvent plus favorable.
Qu’est-ce que le certificat de vie et pourquoi est-il obligatoire ?
Le certificat de vie (ou attestation d’existence) est un document prouvant que vous êtes en vie, nécessaire pour que votre pension continue d’être versée. Il doit être renouvelé chaque année. Depuis fin 2025, il doit être délivré par le consulat français de votre lieu de résidence en Algérie (et non plus par les autorités locales algériennes).
Que se passe-t-il si je n’ai cotisé que quelques années en Algérie ?
Si vous avez cotisé entre 5 et 15 ans en Algérie (totalisation France + Algérie incluse), vous pouvez prétendre à une allocation de retraite à 60 ans. En dessous de 5 ans, aucune prestation n’est due. Vous pouvez cependant adhérer volontairement au régime algérien depuis l’étranger, ou racheter jusqu’à 5 ans de cotisations à partir de 65 ans.
Ce qu’il faut retenir
La retraite en Algérie pour les immigrés est encadrée par la convention franco-algérienne de sécurité sociale de 1980, qui garantit à la fois la portabilité des pensions françaises en Algérie et la totalisation des périodes cotisées dans les deux pays. Un travailleur ayant eu une carrière mixte peut cumuler une pension française (basée sur ses années en France) et une pension algérienne (basée sur ses années en Algérie). L’obligation de certificat de vie annuel reste incontournable, avec des règles renforcées depuis 2025. Bien préparer son départ — en informant les caisses françaises, en vérifiant son relevé de carrière algérien et en activant sa couverture santé via la CNAS — est la clé pour une transition sereine vers la retraite.







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