
Un arrêt maladie, court ou prolongé, soulève très vite une question concrète : est-ce que je perds des droits à la retraite pendant cette période ? La réponse dépend de la durée de l’arrêt, du type d’indemnisation reçu et de votre régime d’affiliation. Voici le mécanisme précis, expliqué clairement, pour savoir exactement comment les trimestres en maladie comptent pour la retraite.
Le principe : vous ne cotisez pas, mais vous pouvez valider des trimestres
Pendant un arrêt maladie, vous ne travaillez pas et vous ne cotisez donc pas pour votre retraite au sens strict. Pourtant, le système de retraite français prévoit un mécanisme de solidarité : certaines périodes d’inactivité indemnisées sont assimilées à des périodes de cotisation. C’est ce qu’on appelle des trimestres assimilés (ou validés), par opposition aux trimestres cotisés.
Cette distinction est importante. Les trimestres assimilés comptent bien dans votre durée d’assurance totale, mais ils ne sont pas toujours traités de la même façon que les trimestres cotisés, notamment pour l’accès à la retraite anticipée pour carrière longue.
À retenir : En arrêt maladie indemnisé par la Sécurité sociale, vous validez 1 trimestre assimilé pour chaque période de 60 jours d’indemnisation, dans la limite de 4 trimestres par année civile. Ces trimestres sont reportés automatiquement sur votre relevé de carrière sans démarche de votre part.
La règle des 60 jours : comment se calcule concrètement un trimestre maladie ?
La règle de base est simple : 1 trimestre est validé pour chaque tranche de 60 jours d’indemnisation par la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) ou la MSA. Le décompte commence dès le premier jour indemnisé, en tenant compte du délai de carence de 3 jours.
Voici comment cela fonctionne en pratique :
Le trimestre civil au cours duquel tombe le 60e jour d’indemnisation est validé en premier. Puis chaque nouvelle période de 60 jours d’indemnisation consécutive ouvre droit à un trimestre supplémentaire. Le maximum reste fixé à 4 trimestres par année civile, quelle que soit la durée de l’arrêt.
Exemple concret : Amandine est en arrêt maladie du 1er mars au 31 août. Après déduction du délai de carence de 3 jours, elle reçoit 181 indemnités journalières (IJ). Résultat : 181 ÷ 60 = 3,01, soit 3 trimestres validés au titre de la maladie pour sa retraite.
Second exemple avec chevauchement d’années : Amandine est en arrêt du 3 novembre 2023 au 4 janvier 2024 (60 IJ après carence). Elle reprend le travail puis est de nouveau en arrêt du 1er avril au 30 novembre 2024 (241 IJ). Le 60e jour du premier arrêt tombe le 4 janvier 2024, donc le 1er trimestre 2024 est validé. Au titre du second arrêt en 2024 : 241 ÷ 60 = 4,01, mais le plafond de 4 trimestres par an s’applique. Elle valide donc 4 trimestres en 2024 au total.
Arrêt court ou arrêt long : les deux situations
Les arrêts maladie de courte durée
Pour les arrêts de courte durée — typiquement quelques jours ou quelques semaines — il n’y a pas d’impact sur la retraite. Si la durée totale d’indemnisation ne dépasse pas 60 jours, aucun trimestre assimilé n’est généré, mais votre salaire de l’année reste intact pour le calcul du salaire annuel moyen (SAM). La retraite n’est pas affectée.
Les arrêts maladie de longue durée
Dès que l’indemnisation par la Sécurité sociale dépasse 60 jours, des trimestres assimilés commencent à être comptabilisés. La durée maximale d’indemnisation est de 12 mois par période de 3 ans pour un arrêt maladie ordinaire. Pour les personnes reconnues en affection de longue durée (ALD), cette durée est étendue à 3 ans d’indemnisation continue, ce qui permet de continuer à valider des trimestres assimilés pendant toute la période couverte par les IJ.
Important : le statut d’ALD n’augmente pas directement les droits à la retraite, mais en supprimant la limite de 12 mois, il permet de poursuivre la validation de trimestres bien au-delà de ce plafond habituel.
Trimestres assimilés et calcul du montant de la pension : attention à l’impact sur le SAM
Valider des trimestres assimilés préserve votre durée d’assurance. Mais cela ne protège pas automatiquement le montant de votre pension.
La pension de retraite de base des salariés du secteur privé est calculée sur la moyenne des 25 meilleures années de salaire brut (le salaire annuel moyen ou SAM). Or, les indemnités journalières versées par l’Assurance maladie ne sont pas considérées comme un salaire pour ce calcul. Une année passée entièrement en arrêt maladie n’apporte donc aucun revenu au SAM — ce qui peut faire baisser la moyenne si cette année aurait dû figurer parmi les 25 meilleures.
Ce risque est particulièrement réel pour les arrêts en fin de carrière, lorsque le salaire atteint son niveau le plus élevé. Si vous êtes en arrêt maladie à 61 ou 62 ans, les années précédentes — celles où vous étiez actif avec un bon salaire — ne peuvent pas se substituer indéfiniment aux années perdues, selon la structure de votre carrière.
Illustration chiffrée : un salarié travaillant jusqu’à 64 ans sur un salaire annuel de 40 000 euros voit sa retraite de base calculée sur ces 5 meilleures années de fin de carrière. S’il est en arrêt maladie de 62 à 64 ans, ces deux années tombent hors du SAM et sont remplacées par des années antérieures à 21 600 euros. La perte sur la pension mensuelle peut atteindre environ 40 euros par mois, soit près de 485 euros par an sur toute la durée de la retraite.
Tableau récapitulatif : trimestres maladie et retraite
| Situation | Trimestres validés | Impact sur le SAM | Limite |
|---|---|---|---|
| Arrêt < 60 jours | Aucun trimestre assimilé | Aucun (salaire maintenu) | — |
| Arrêt ≥ 60 jours (maladie ordinaire) | 1 trimestre / 60 jours IJ | IJ non prises en compte dans le SAM | 4 trimestres/an ; 12 mois/3 ans |
| ALD (maladie longue durée) | 1 trimestre / 60 jours IJ | IJ non prises en compte dans le SAM | 4 trimestres/an ; durée illimitée si IJ versées |
| Maladie professionnelle / AT | 1 trimestre / 60 jours IJ | IJ non prises en compte dans le SAM | 4 trimestres/an ; durée illimitée |
| Invalidité (catégories 1, 2 ou 3) | 1 trimestre / trimestre civil avec 3 mensualités versées | Aucun salaire reporté | 4 trimestres/an |
Maladie professionnelle et accident du travail : des règles plus favorables
Les arrêts pour maladie professionnelle ou accident du travail suivent la même règle des 60 jours pour la validation des trimestres. Mais ils présentent deux avantages supplémentaires par rapport aux arrêts maladie ordinaires.
D’abord, il n’y a pas de limite dans le temps pour la validation des trimestres : tant que les IJ sont versées au titre d’une maladie professionnelle ou d’un accident du travail, les trimestres continuent d’être comptabilisés, sans le plafond de 12 mois applicable aux arrêts ordinaires.
Ensuite, en cas d’incapacité permanente d’au moins 66 %, chaque trimestre civil au cours duquel une rente d’incapacité est versée est validé pour la retraite. Cela ouvre également la porte à une retraite anticipée pour incapacité permanente, accordée automatiquement à taux plein, sans décote.
Les trimestres maladie et la retraite anticipée pour carrière longue
C’est un point crucial pour les assurés ayant commencé à travailler tôt. Le dispositif de retraite anticipée pour carrière longue permet de partir avant l’âge légal à condition de réunir un nombre suffisant de trimestres cotisés ou « réputés cotisés ».
Les trimestres assimilés pour maladie sont reconnus comme réputés cotisés, mais dans une limite stricte de 4 trimestres sur l’ensemble de la carrière. Autrement dit, si vous avez cumulé 12 trimestres en arrêt maladie au fil des années, seuls 4 d’entre eux pourront être retenus pour le calcul du droit à la retraite anticipée. Les 8 autres compteront tout de même dans la durée d’assurance globale, mais pas pour accélérer le départ.
Cette limite peut constituer un obstacle réel pour les personnes ayant connu une maladie grave ou prolongée en cours de carrière, notamment en cas d’ALD diagnostiquée avant 60 ans.
L’impact sur la retraite complémentaire Agirc-Arrco
Les salariés du secteur privé relevant de l’Agirc-Arrco peuvent également bénéficier de points de retraite complémentaire gratuits pendant leur arrêt maladie, à condition que :
- l’arrêt interrompe une période d’activité ou de chômage indemnisé rattachée à l’Agirc-Arrco,
- la durée de l’arrêt indemnisé dépasse 60 jours consécutifs.
Si ces conditions sont réunies, des points sont attribués sans versement de cotisations supplémentaires. Le nombre de points accordés est calculé à partir des droits acquis l’année civile précédant l’arrêt — ou l’année en cours si l’embauche est récente. Ces points sont généralement inférieurs à ceux qui auraient été accumulés en activité normale, mais ils garantissent une continuité des droits et évitent les « trous » dans la carrière complémentaire.
Il est conseillé de conserver tous les justificatifs d’indemnisation (attestations CPAM, bulletins d’IJ) pour pouvoir régulariser éventuellement la situation auprès de la caisse Agirc-Arrco.
Le cas particulier des fonctionnaires
Les fonctionnaires titulaires suivent des règles différentes de celles du régime général. Leur pension est calculée sur la base du traitement indiciaire des 6 derniers mois de carrière (hors primes), et non sur les 25 meilleures années de salaire.
En cas de congé de longue maladie (CLM) ou congé de longue durée (CLD), le traitement est maintenu intégralement les premiers mois, puis partiellement. Les droits à pension restent constitués pendant toute la période de congé maladie, dans la limite de 5 ans au total sur la carrière. Les congés maladie ordinaires sont pris en compte dans la limite de 4 trimestres pour le dispositif de retraite anticipée pour carrière longue, comme pour les salariés du privé.
Comment vérifier que vos trimestres maladie sont bien pris en compte ?
Les trimestres assimilés pour maladie sont en principe reportés automatiquement sur votre relevé de carrière par l’Assurance retraite, via les informations transmises par la CPAM ou la MSA. Mais des oublis ou des délais de mise à jour existent.
La démarche à suivre est simple : consultez votre relevé de carrière sur info-retraite.fr et vérifiez que toutes vos périodes d’arrêt maladie indemnisé apparaissent bien sous forme de trimestres assimilés. Si une période est manquante, vous pouvez demander une régularisation directement depuis votre espace personnel, en joignant les justificatifs nécessaires : arrêts de travail, attestations de paiement des IJ, relevés CPAM.
Il est conseillé d’effectuer cette vérification régulièrement, surtout si vous avez connu plusieurs épisodes d’arrêt maladie ou une période d’ALD de longue durée. Des anomalies non corrigées à temps peuvent impacter le calcul final de la pension.
Questions fréquentes
Un arrêt maladie de moins de 60 jours a-t-il un impact sur la retraite ?
Non, pour la validation des trimestres. Un arrêt de courte durée inférieur à 60 jours ne génère aucun trimestre assimilé. En revanche, si le salaire de l’année est réduit du fait de l’arrêt (par exemple, si l’employeur n’assure pas le maintien de salaire intégral), cela peut légèrement affecter le salaire annuel moyen.
Les indemnités journalières versées par une mutuelle ou une prévoyance comptent-elles ?
Non. Seules les indemnités journalières versées par la Sécurité sociale (CPAM ou MSA) ouvrent droit à des trimestres assimilés. Les indemnités complémentaires versées par un contrat de prévoyance ou une assurance privée ne sont pas prises en compte pour la retraite.
Peut-on partir à la retraite pendant un arrêt maladie ?
Oui, c’est légalement possible. Mais cela n’est généralement pas conseillé : les indemnités journalières, cumulées avec le maintien de salaire de l’employeur, procurent souvent des ressources supérieures à la future pension. De plus, partir en retraite depuis un arrêt maladie met fin aux IJ. Mieux vaut attendre la fin de l’arrêt ou l’épuisement des droits à indemnisation avant de liquider.
Les trimestres maladie comptent-ils pour le calcul du taux de la pension ?
Oui, ils entrent dans la durée totale d’assurance qui détermine si vous atteignez le taux plein. En revanche, ils n’ont pas d’incidence sur la surcote (bonus pour carrière longue au-delà du taux plein).
Que se passe-t-il si l’arrêt maladie dure plus de 3 ans en ALD ?
Si les indemnités journalières continuent d’être versées au-delà de 3 ans dans le cadre d’une ALD, les trimestres assimilés continuent à être comptabilisés tant que l’indemnisation se poursuit. La limite de durée de versement des IJ est la contrainte principale, pas le compteur des trimestres en lui-même.
Le mi-temps thérapeutique est-il traité comme un arrêt maladie pour la retraite ?
Pendant un mi-temps thérapeutique, vous percevez à la fois un salaire (partiel) et des IJ. Les trimestres sont d’abord validés grâce au salaire, et si celui-ci est insuffisant pour atteindre les 4 trimestres annuels, les IJ compensent le déficit. Les trimestres résultant des IJ restent des trimestres assimilés, non cotisés.
Ce qu’il faut retenir
Les trimestres en maladie comptent pour la retraite dès lors que l’arrêt est indemnisé par la Sécurité sociale pendant au moins 60 jours : 1 trimestre assimilé est alors validé pour chaque tranche de 60 jours d’IJ, dans la limite de 4 par an. Ces trimestres préservent votre durée d’assurance, mais les indemnités journalières ne sont pas intégrées dans le calcul du salaire annuel moyen, ce qui peut faire baisser le montant de la pension en cas d’arrêt prolongé. Le dispositif de retraite anticipée pour carrière longue ne reconnaît que 4 de ces trimestres sur toute la carrière. Consultez régulièrement votre relevé de carrière sur info-retraite.fr pour vérifier que toutes vos périodes d’arrêt sont bien enregistrées.
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