
De plus en plus de retraités français choisissent l’Italie pour sa qualité de vie, son climat et son coût de la vie attractif. Mais la fiscalité italienne pour les Français réservés n’est pas sans embûches. Entre la convention franco-italienne, la controverse autour de la double imposition et la flat tax à 7 % pour les régions du Sud, le paysage fiscal peut sembler complexe. Ce guide complet fait le point sur tout ce que vous devez savoir avant de franchir les Alpes.
À retenir : Depuis 2021, l’administration fiscale italienne applique une nouvelle interprétation de la convention fiscale franco-italienne du 5 octobre 1989, entraînant une situation de double imposition pour des milliers de retraités français résidant en Italie. Parallèlement, un régime de flat tax à 7 % — avantageux mais soumis à conditions strictes — peut s’appliquer dans certaines communes du sud du pays. La situation diplomatique a connu une avancée significative en juillet 2025 avec la suppression des pénalités, sans résoudre encore le fond du problème.
Devenir résident fiscal en Italie : les règles de base
Avant d’aborder la fiscalité des pensions, il est essentiel de comprendre ce qui fait de vous un résident fiscal en Italie.
Vous êtes considéré comme résident fiscal en Italie si, pendant au moins 183 jours par an, vous remplissez l’une des trois conditions suivantes (conditions alternatives) :
- Vous êtes inscrit à l’Anagrafe (registre de la population résidente italienne) ;
- Vous avez votre domicile en Italie au sens du Code civil (centre de vos intérêts professionnels et économiques) ;
- Vous avez votre résidence habituelle sur le territoire italien.
Dès que l’une de ces conditions est remplie, vous devenez résident fiscal en Italie et votre revenu mondial est imposable en Italie — y compris votre retraite française. Les non-résidents, eux, ne sont imposés que sur leurs revenus de source italienne.
L’impôt sur le revenu en Italie (IRPEF) : barème et fonctionnement
L’IRPEF (Imposta sul Reddito delle Persone Fisiche) est l’équivalent de l’impôt sur le revenu français. Il est progressif et s’applique à tous les résidents fiscaux italiens sur l’ensemble de leurs revenus mondiaux.
En 2025, suite à une réforme qui a simplifié les tranches, le barème national de l’IRPEF est le suivant :
- 23 % sur les revenus jusqu’à 28 000 € par an
- 35 % sur les revenus de 28 001 € à 50 000 € par an
- 43 % sur les revenus au-delà de 50 000 €
À ces taux nationaux s’ajoutent des addizionali régionales (de 1,23 % à 3,33 % selon la région) et des addizionali communales (de 0 % à 0,9 % selon la commune). En pratique, un résident de Rome ou Milan peut atteindre un taux marginal effectif proche de 47 %.
La déclaration de revenus pour les retraités et les salariés se fait via le Modello 730 (avant le 30 septembre chaque année), ou via le Modello Redditi PF pour les situations plus complexes impliquant des revenus étrangers multiples. Il est possible de se faire accompagner par un Centro di Assistenza Fiscale (CAF) ou un fiscaliste local.
Fiscalité italienne pour les Français : quelle convention s’applique ?
La France et l’Italie sont liées par une convention fiscale bilatérale signée à Venise le 5 octobre 1989, complétée par un échange de lettres du 20 décembre 2000. Cette convention définit les règles de répartition du droit d’imposer entre les deux États selon la nature des revenus.
Pour les retraités français, deux articles sont essentiels :
Retraite du secteur privé (article 18 de la convention)
L’article 18 distingue deux cas :
Principe général : les pensions versées au titre d’un emploi antérieur privé sont en principe imposables uniquement dans l’État de résidence. Pour un retraité du secteur privé français vivant en Italie, la pension devrait donc être imposée en Italie — et non en France.
Exception — pensions de Sécurité sociale : conformément au paragraphe 2 de l’article 18, les pensions versées au titre de la législation sur la Sécurité sociale font l’objet d’une imposition partagée : les deux États — France et Italie — ont le droit de les imposer. C’est ce point qui est au cœur du conflit actuel.
L’échange de lettres du 20 décembre 2000 a précisé la liste des régimes concernés : régime général de la Sécurité sociale, régimes spéciaux, assurances sociales agricoles, régimes complémentaires obligatoires (Agirc-Arrco), régimes des professions non salariées.
Retraite de la fonction publique (article 19 de la convention)
Les pensions de retraite de la fonction publique française (État, collectivités territoriales) perçues par des résidents d’Italie ne sont imposables qu’en France, sauf si le bénéficiaire a la nationalité italienne sans avoir la nationalité française. Un fonctionnaire retraité français vivant en Italie ne paie donc d’impôt que sur sa pension française en France, et n’a pas à la déclarer en Italie.
Double imposition retraite Italie : la crise depuis 2021
C’est le sujet le plus brûlant pour les retraités français installés en Italie. Depuis 2021, l’Agenzia delle Entrate (fisc italien) a profondément modifié son interprétation de l’article 18 de la convention franco-italienne. Pour des milliers de retraités français en Italie, les conséquences ont été dramatiques.
Ce qui s’est passé
Avant 2021, l’administration fiscale italienne appliquait de facto l’interprétation selon laquelle les pensions françaises des retraités du secteur privé n’étaient imposables qu’en France. Cette lecture était cohérente avec l’accord gouvernemental de 2000.
À partir de 2021, l’Agenzia delle Entrate a revu sa position et a commencé à exiger des retraités français résidant en Italie qu’ils déclarent leurs pensions françaises aux autorités italiennes, en vue de les soumettre à l’IRPEF — tout en ne soustrayant pas systématiquement le crédit d’impôt correspondant à l’impôt déjà payé en France.
Le résultat : des redressements fiscaux rétroactifs sur 6 ans (délai de prescription), assortis de pénalités et d’intérêts de retard.
Des cas concrets révélateurs
Les témoignages recueillis par des associations de Français de l’étranger et relayés au Parlement français illustrent l’ampleur du problème :
- Un retraité percevant 25 000 € de pension française payait 900 € d’impôts en France. L’Italie lui réclame 6 000 €, qui deviennent 9 000 € avec les pénalités pour chaque année depuis 2015.
- Sur six années de prescription, certains contribuables ont reçu des rappels allant de 15 000 à 54 000 €, incluant pénalités et intérêts.
- Un couple avec 20 000 € de retraite française — soit environ la moyenne nationale — peut se voir réclamer un redressement supérieur à 25 000 € sur plusieurs années.
La situation est d’autant plus injuste que l’écart entre les taux d’imposition français et italiens est structurellement défavorable aux retraités modestes : une petite pension française sous le seuil de fiscalisation en France (donc imposée à 0 €) peut être taxée à 25 % en Italie dès le premier euro, du fait de la progressivité de l’IRPEF.
L’avancée de juillet 2025 et ses limites
Le 13 juin 2025, lors d’une rencontre à Rome entre Laurent Saint-Martin (ministre délégué aux Français de l’étranger) et Maurizio Leo (vice-ministre italien des Finances), une avancée significative a été obtenue : l’administration fiscale italienne a reconnu, sur le fondement du principe de bonne foi du contribuable inscrit dans le Statuto del Contribuente, la possibilité pour ses bureaux de renoncer aux pénalités appliquées dans le cadre des redressements.
Une instruction interne datée du 23 juillet 2025 a été envoyée à toutes les directions provinciales de l’Agenzia delle Entrate en ce sens.
Les limites : cette avancée, bien que significative, ne résout pas le fond du problème. Elle ne supprime pas l’impôt lui-même — seulement les pénalités. Par ailleurs, sa mise en œuvre est inégale sur le territoire : certains bureaux locaux refusent encore d’appliquer la mesure. Une nouvelle démarche a été engagée en décembre 2025 par la nouvelle ministre déléguée aux Français de l’étranger, Éléonore Caroit, pour demander l’application uniforme de la mesure à l’échelle nationale.
La renégociation de la convention fiscale franco-italienne, évoquée par les parlementaires français et comparée à ce qui a été réalisé avec la Grèce en 2022, n’a pas encore abouti.
La flat tax à 7 % pour les retraités étrangers dans le Sud
En parallèle de cette crise, l’Italie propose un dispositif fiscal très attractif pour les nouveaux résidents retraités : la flat tax à 7 %, instaurée par l’article 24-ter du TUIR (Code des impôts italien), introduit par la loi de finances 2019.
Les conditions d’accès
Pour bénéficier de ce régime, six conditions doivent être réunies :
- Percevoir une pension de source étrangère (tous types de revenus de retraite d’origine non italienne sont éligibles).
- Ne pas avoir été résident fiscal en Italie pendant les 5 années précédant le transfert de résidence.
- S’installer dans une commune de moins de 20 000 habitants de l’une des régions du Mezzogiorno : Sicile, Calabre, Sardaigne, Campanie, Basilicate, Abruzzes, Pouilles ou Molise. Des communes des Apennins centraux affectées par les séismes de 2009 et 2016 sont également éligibles.
- Venir d’un pays ayant conclu une convention fiscale avec l’Italie (ce que la France a fait, ce critère est donc rempli).
- Faire le choix de ce régime en le mentionnant dans la première déclaration de revenus italienne (Modello Redditi PF).
- Renouveler l’option chaque année, pendant une période maximale de 10 ans consécutifs.
Ce que ce régime permet
La flat tax à 7 % remplace l’IRPEF ordinaire sur l’ensemble des revenus de source étrangère : pensions, intérêts, dividendes, loyers de biens situés à l’étranger, plus-values sur actifs étrangers.
Les revenus de source italienne restent soumis au barème progressif ordinaire.
Le régime offre également :
- L’exonération des taxes patrimoniales sur les biens étrangers (IVIE et IVAFE) pendant la durée du régime.
- L’exonération de la déclaration des actifs étrangers (quadro RW).
- L’exonération des droits de succession et de donation sur les biens situés à l’étranger.
L’interaction avec la convention franco-italienne
Point d’attention crucial : la convention fiscale franco-italienne s’applique en priorité sur le droit national. Pour les pensions du secteur privé relevant de la Sécurité sociale française, l’imposition reste partagée entre les deux pays. En pratique, la flat tax à 7 % s’applique sur le différentiel d’impôt que l’Italie peut réclamer après déduction du crédit d’impôt français. Pour les petites pensions peu ou pas imposées en France, ce différentiel peut être plus élevé.
La pension de la fonction publique française reste, elle, imposable exclusivement en France, quelle que soit la flat tax optée en Italie.
Tableau comparatif : régimes fiscaux pour les retraités français en Italie
| Situation | Régime applicable | Impôt en France | Impôt en Italie |
|---|---|---|---|
| Retraité du privé, régime ordinaire IRPEF | Convention art. 18 + IRPEF progressif | Oui (sécurité sociale) | Oui (avec crédit d’impôt théorique) |
| Retraité du privé, flat tax 7 % (Sud, < 20 000 hab.) | Art. 24-ter TUIR | Oui (pensions SS) | 7 % sur revenus étrangers |
| Fonctionnaire retraité | Convention art. 19 | Oui (exclusivement) | Non (sauf nationalité italienne) |
| Très hauts revenus (> 100 k€ étrangers) | Forfait néo-résident 200 000 €/an | Oui (pensions SS) | 200 000 € fixe/an |
Obligations déclaratives pratiques
Tout résident fiscal en Italie doit remplir ses obligations déclaratives auprès des deux administrations :
En France : les pensions de Sécurité sociale françaises restent à déclarer aux impôts français (via la déclaration habituelle). Un retraité du privé continue de déclarer sa pension en France même s’il vit en Italie.
En Italie : les pensions de Sécurité sociale doivent aussi être déclarées à l’Agenzia delle Entrate via le Modello 730 ou le Modello Redditi PF, avant le 30 septembre de l’année suivant celle des revenus. Un crédit d’impôt correspondant à l’impôt payé en France doit être déduit de l’impôt italien, dans la limite de ce dernier.
En cas de doute sur l’interprétation d’une disposition, il est possible de soumettre une istanza di interpello (demande de rescrit fiscal) à l’Agenzia delle Entrate.
Que faire si vous avez reçu un redressement fiscal italien ?
Si vous avez reçu un avis de redressement de l’Agenzia delle Entrate :
- Ne pas ignorer le document : les délais de réponse sont stricts en droit fiscal italien.
- Rassembler vos avis d’imposition français pour les années concernées et demander une attestation fiscale à votre centre des impôts français.
- Faire valoir le crédit d’impôt correspondant à l’impôt français acquitté, conformément à l’article 24-2 de la convention franco-italienne.
- Demander la suppression des pénalités, sur la base de l’instruction de juillet 2025 reconnue par le fisc italien.
- Consulter un professionnel : un avocat fiscaliste franco-italien ou un expert-comptable maîtrisant les deux systèmes est indispensable pour contester efficacement un redressement.
- Signaler votre situation au Consulat de France à Rome ou au Consulat général à Milan, et contacter les conseillers des Français de l’étranger, qui suivent ce dossier collectivement.
FAQ : fiscalité italienne pour les retraités français
Ma pension de retraite française est-elle imposée en France ou en Italie si je vis en Italie ?
Cela dépend de la nature de la pension. Si vous êtes retraité du secteur privé relevant de la Sécurité sociale (CNAV, Agirc-Arrco), les deux pays ont le droit de l’imposer (imposition partagée). Si vous êtes fonctionnaire, la pension n’est imposable qu’en France. Depuis 2021, l’Italie applique effectivement ce droit de coimposition, créant une situation de double imposition effective pour de nombreux retraités.
La flat tax à 7 % s’applique-t-elle à ma pension CNAV si je m’installe en Sicile ?
Partiellement. La flat tax peut couvrir la part d’impôt que l’Italie peut réclamer sur votre pension CNAV (après déduction du crédit d’impôt français). La pension reste malgré tout imposable en France. Pour les fonctionnaires, la flat tax ne s’applique pas à la pension française, exclusivement imposée en France.
Combien de temps dure la flat tax à 7 % ?
Le régime dure 10 ans consécutifs à compter de l’année d’installation, sous réserve de remplir chaque année les conditions et de renouveler l’option dans sa déclaration de revenus italienne.
Peut-on vivre dans n’importe quelle ville du Sud pour bénéficier de la flat tax ?
Non. La commune doit se trouver dans l’une des 8 régions éligibles du Mezzogiorno (Sicile, Calabre, Sardaigne, Campanie, Basilicate, Abruzzes, Pouilles, Molise) et compter moins de 20 000 habitants. Les grandes villes comme Palerme, Naples ou Catane ne sont donc pas éligibles.
La situation de double imposition peut-elle encore évoluer ?
Oui. La renégociation de la convention fiscale franco-italienne est activement réclamée par les parlementaires français, à l’instar de ce qui a été fait avec la Grèce en 2022. Des démarches diplomatiques sont en cours. Il est conseillé de suivre les informations du Consulat de France à Rome et de l’Alliance Solidaire des Français de l’Étranger (ASFE).
Grosso modo
La fiscalité italienne pour les Français retraités n’est ni simple ni uniforme. Elle mêle une convention bilatérale de 1989 mal appliquée, une crise de double imposition déclenchée en 2021, une avancée diplomatique partielle en 2025, et un régime de flat tax à 7 % attractif mais géographiquement et réglementairement contraignant. Pour qui envisage de s’installer en Italie, l’anticipation fiscale est indispensable : faire appel à un conseiller spécialisé avant le déménagement, vérifier l’éligibilité à la flat tax selon la commune choisie, et comprendre précisément la nature de sa pension (secteur privé ou fonction publique) sont des étapes incontournables pour éviter de mauvaises surprises.
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