
Vous avez traversé une période d’arrêt maladie — quelques semaines, quelques mois, voire plusieurs années — et vous vous demandez si ces mois sans salaire vous ont coûté des trimestres retraite. La réponse est rassurante : oui, les arrêts maladies comptent pour la retraite, mais avec des nuances importantes à connaître. Ils génèrent des trimestres dits « assimilés », ils peuvent ouvrir des droits à la retraite complémentaire, mais ils n’ont pas le même poids que des trimestres cotisés — notamment pour certains dispositifs de retraite anticipée et pour le calcul du montant de la pension. Ce guide vous explique tout, en détail, avec les règles en vigueur en 2026.
À retenir : Un arrêt maladie indemnisé par la Sécurité sociale valide 1 trimestre assimilé pour chaque période de 60 jours d’indemnisation, dans la limite de 4 trimestres par an. Ces trimestres comptent pour la durée d’assurance (et donc pour le droit au taux plein), mais n’entrent pas dans le calcul du salaire annuel moyen ni dans les trimestres requis pour la retraite anticipée pour carrière longue.
Trimestres cotisés et trimestres assimilés : la distinction fondamentale
Pour bien comprendre l’impact des arrêts maladie sur la retraite, il faut d’abord saisir la différence entre deux types de trimestres.
Les trimestres cotisés sont ceux pour lesquels des cotisations d’assurance vieillesse ont été effectivement prélevées sur votre salaire ou vos revenus. En 2026, pour valider 1 trimestre cotisé, il faut avoir perçu un revenu brut d’au moins 1 803 € soumis à cotisations (soit 150 fois le SMIC horaire de 12,02 €). Ils donnent accès à tous les dispositifs de retraite, y compris la retraite anticipée pour carrière longue.
Les trimestres assimilés sont attribués pour des périodes d’interruption involontaire d’activité — maladie, chômage indemnisé, maternité, invalidité, service militaire — sans cotisation effective. Ils comptent pour la durée d’assurance totale, mais sont exclus de certains dispositifs. C’est dans cette catégorie que se classent les trimestres d’arrêt maladie.
Cette distinction n’est pas anodine : tous les trimestres valent pareils pour le calcul de la durée d’assurance, mais seuls les trimestres cotisés ouvrent certains droits spécifiques.
La règle des 60 jours : comment les arrêts maladie génèrent des trimestres
Pour la retraite de base du régime général, la règle est posée par le Code de la Sécurité sociale (article L351-3) : les périodes indemnisées au titre d’un arrêt maladie valident 1 trimestre assimilé pour chaque période de 60 jours d’indemnisation, dans la limite de 4 trimestres par année civile.
Cette règle s’applique que l’arrêt soit lié à :
- une maladie ordinaire (rhume, opération, burn-out, etc.)
- une maladie professionnelle
- un accident du travail
Exemples concrets :
| Durée de l’arrêt indemnisé | Trimestres assimilés validés |
|---|---|
| Moins de 60 jours | 0 trimestre |
| 60 à 119 jours (2 à 4 mois) | 1 trimestre |
| 120 à 179 jours (4 à 6 mois) | 2 trimestres |
| 180 à 239 jours (6 à 8 mois) | 3 trimestres |
| 240 jours ou plus (8 mois+) | 4 trimestres (maximum annuel) |
Condition indispensable : l’arrêt doit être indemnisé par la CPAM. Un arrêt maladie non indemnisé — par exemple pendant le délai de carence de 3 jours, ou un arrêt dont les indemnités journalières ont été refusées — ne génère aucun trimestre assimilé.
Ces trimestres sont reportés automatiquement sur votre relevé de carrière par l’Assurance retraite, sans démarche de votre part. Si des trimestres manquent sur votre relevé, vous pouvez régulariser via votre espace personnel sur lassuranceretraite.fr, en fournissant une attestation d’indemnités journalières de votre CPAM.
L’impact de l’arrêt maladie sur la durée d’assurance et le taux plein
Les trimestres assimilés obtenus pendant un arrêt maladie s’ajoutent à votre durée d’assurance totale. Ils vous rapprochent donc du nombre de trimestres requis pour obtenir la retraite à taux plein, qui varie selon l’année de naissance :
- Générations nées avant 1966 : entre 169 et 171 trimestres
- Générations nées à partir de 1966 : 172 trimestres
Cela signifie concrètement qu’un salarié ayant eu un arrêt maladie long ne subira pas de décote sur sa pension de base pour manque de trimestres, dans la mesure où ces trimestres assimilés viennent compléter sa durée d’assurance.
Priorité aux trimestres cotisés : les trimestres assimilés ne s’accumulent que si l’activité salariée de l’année n’a pas permis d’atteindre le plafond de 4 trimestres. Si vous avez travaillé et cotisé suffisamment sur l’année pour valider 4 trimestres cotisés avant votre arrêt, les trimestres assimilés de maladie ne s’y ajoutent pas.
L’impact sur le montant de la pension de base : le point faible des trimestres assimilés
C’est ici que se trouve la principale limite des arrêts maladie pour la retraite. Les trimestres assimilés comptent bien pour la durée d’assurance, mais les indemnités journalières versées par la Sécurité sociale pendant l’arrêt ne sont pas prises en compte dans le calcul du Salaire Annuel Moyen (SAM).
Pour rappel, la pension de base est calculée selon la formule :
Pension = SAM × Taux × (Trimestres validés / Trimestres requis)
Le SAM correspond à la moyenne des 25 meilleures années de salaires bruts cotisés. Or, les indemnités journalières de maladie ne constituent pas des salaires cotisés : elles ne figurent pas dans le SAM. Résultat : si votre arrêt maladie s’étend sur plusieurs années qui auraient normalement fait partie de vos 25 meilleures années, votre revenu moyen de référence peut être inférieur à ce qu’il aurait été sans arrêt.
Exemple : un cadre de 55 ans qui perçoit 4 000 €/mois et subit un arrêt maladie de 2 ans ne verra pas ces deux années entrer dans son SAM. Si ces années auraient normalement figuré parmi ses 25 meilleures, son SAM — et donc sa pension de base — sera mécaniquement réduit.
Cette réduction du SAM est le principal risque financier lié à un arrêt maladie prolongé, même si la durée d’assurance n’est pas affectée.
Arrêt maladie et retraite anticipée pour carrière longue : une exclusion à connaître
Le dispositif de retraite anticipée pour carrière longue permet à certains assurés de partir avant l’âge légal (64 ans depuis la réforme de 2023), à condition d’avoir commencé à travailler jeune et de justifier d’un nombre suffisant de trimestres réputés cotisés.
Or, les trimestres de maladie sont des trimestres assimilés, pas réputés cotisés. Ils ne comptent donc pas pour remplir les conditions d’accès à la carrière longue.
Il existe une exception limitée : 4 trimestres de maladie maximum peuvent être pris en compte parmi les trimestres réputés cotisés pour le dispositif carrière longue — soit le même quota que pour les trimestres de maternité ou de chômage. Au-delà de ces 4 trimestres, les périodes d’arrêt maladie ne contribuent pas à l’accès à ce dispositif.
Conséquence pratique : un assuré dont la carrière a été jalonnée de plusieurs longues maladies peut se voir empêché de bénéficier d’un départ anticipé, même s’il a un total de trimestres suffisant en apparence.
Arrêt maladie et retraite complémentaire Agirc-Arrco : des points gratuits sous conditions
Contrairement à ce que beaucoup croient, un arrêt maladie peut aussi ouvrir des droits à la retraite complémentaire Agirc-Arrco, sous forme de points dits « de solidarité », attribués sans contrepartie de cotisation.
Les conditions pour obtenir des points Agirc-Arrco en arrêt maladie
Pour bénéficier de ces points gratuits, toutes les conditions suivantes doivent être réunies :
- L’arrêt de travail doit être de plus de 60 jours consécutifs
- L’arrêt doit interrompre une période d’activité salariée (ou de chômage indemnisé) couverte par l’Agirc-Arrco
- Vous devez percevoir des indemnités journalières de la Sécurité sociale, une pension d’invalidité, ou une rente d’accident du travail correspondant à un taux d’incapacité d’au moins 66 %
Comment sont calculés ces points ?
Le nombre de points attribués est calculé sur la base des points acquis au cours de l’année précédant l’arrêt de travail, qui sert d’année de référence. Une moyenne journalière est établie, puis projetée sur la durée de l’arrêt. Le total de points pour l’année (points gratuits + points cotisés si reprise partielle) ne peut pas dépasser le nombre de points de l’année de référence.
Ces points sont attribués tant que les indemnités ou la pension d’invalidité sont versées, sans limite de durée, jusqu’au départ en retraite ou jusqu’à 67 ans (âge du taux plein automatique).
À faire : ces points doivent apparaître sur votre relevé individuel de situation (RIS) consultable sur agirc-arrco.fr. En cas d’anomalie ou d’oubli — ce qui n’est pas rare — adressez une réclamation écrite à votre caisse, accompagnée des attestations d’indemnités journalières ou de la notification de pension d’invalidité de votre CPAM.
Le cas particulier de l’invalidité
Lorsqu’un arrêt maladie évolue vers la pension d’invalidité, les règles changent légèrement.
Pour la retraite de base, l’Assurance retraite valide 1 trimestre par trimestre civil comprenant 3 mensualités de versement de la pension d’invalidité (catégories 1, 2 ou 3), dans la limite de 4 trimestres par an. Ces trimestres sont reportés automatiquement.
Une protection importante : les personnes en invalidité n’ont pas à attendre l’âge légal de 64 ans pour partir à la retraite. La pension d’invalidité est automatiquement transformée en pension de retraite à 62 ans (ou à 67 ans au plus tard), et la pension est calculée au taux plein, quel que soit le nombre de trimestres validés.
Pour la retraite complémentaire Agirc-Arrco, les mêmes règles de points gratuits s’appliquent pendant toute la durée de la perception de la pension d’invalidité. L’attribution de points cesse si le taux d’incapacité passe sous 50 % ou si l’assuré atteint 67 ans.
Est ce que les stages comptent pour la retraite ? La réponse complète
Comment vérifier que vos arrêts maladie sont bien pris en compte ?
Ces trimestres assimilés sont censés être reportés automatiquement sur votre relevé de carrière par l’Assurance retraite. En pratique, des oublis ou des erreurs existent. Voici comment procéder :
Étape 1 : Connectez-vous à votre espace personnel sur info-retraite.fr (via FranceConnect) et consultez votre relevé de carrière. Repérez les années correspondant à vos périodes d’arrêt maladie et vérifiez que des trimestres y sont bien inscrits.
Étape 2 : Si des trimestres manquent, utilisez le service « Compléter ma carrière » disponible dans votre espace personnel sur lassuranceretraite.fr. Vous devrez fournir une attestation de versement des indemnités journalières, disponible auprès de votre CPAM.
Étape 3 : Pour les points Agirc-Arrco, vérifiez votre relevé de points sur agirc-arrco.fr. Si des années d’arrêt maladie de plus de 60 jours consécutifs n’affichent pas de points de solidarité, adressez une réclamation écrite à votre caisse avec vos justificatifs.
FAQ — Est-ce que les arrêts maladies comptent pour la retraite ?
Un arrêt maladie de moins de 60 jours valide-t-il des trimestres ?
Non. La règle exige une période minimale de 60 jours d’indemnisation par la CPAM pour valider 1 trimestre assimilé. En dessous de ce seuil, l’arrêt n’est pas pris en compte pour la retraite, même s’il a été indemnisé.
Les indemnités journalières sont-elles soumises à cotisations retraite ?
Non. Les indemnités journalières maladie versées par la CPAM ne sont pas soumises aux cotisations d’assurance vieillesse. Elles n’entrent donc pas dans le calcul du SAM et ne génèrent pas de trimestres cotisés. Ce sont uniquement des trimestres assimilés qui en résultent.
Un long arrêt maladie peut-il retarder mon départ à la retraite ?
Pour le départ à l’âge légal, non : les trimestres assimilés de maladie complètent la durée d’assurance et évitent la décote. En revanche, pour un départ en retraite anticipée pour carrière longue, un arrêt maladie peut effectivement retarder ce dispositif, car les trimestres de maladie (sauf 4 au maximum) ne comptent pas parmi les trimestres « réputés cotisés » requis.
Les arrêts maladie sont-ils pris en compte de la même façon pour les fonctionnaires ?
Non. Les fonctionnaires relèvent d’un régime de retraite différent, avec des règles spécifiques pour les congés de maladie ordinaire, les congés de longue maladie (CLM) et les congés longue durée (CLD). Les règles détaillées varient selon la nature de l’arrêt et la situation statutaire.
Que se passe-t-il si mon employeur m’a versé un maintien de salaire pendant l’arrêt ?
Si votre employeur a maintenu tout ou partie de votre salaire pendant l’arrêt maladie (via la prévoyance collective ou la convention collective), ce maintien peut être soumis à cotisations sociales selon les conditions du contrat. Dans ce cas, les cotisations retraite prélevées génèrent des trimestres cotisés, en plus des trimestres assimilés liés aux indemnités journalières.
Résumé : ce que l’arrêt maladie change (et ne change pas) pour votre retraite
Un arrêt maladie indemnisé valide 1 trimestre assimilé pour 60 jours d’indemnisation (4 max/an), ce qui protège votre durée d’assurance et vous permet d’atteindre le taux plein sans décote à l’âge légal. Ces trimestres sont automatiquement reportés sur votre relevé de carrière. En revanche, ils ne participent pas au calcul du SAM — ce qui peut réduire le montant de la pension si l’arrêt intervient sur des années à haut revenu. Ils n’ouvrent pas non plus le droit à la carrière longue, sauf pour 4 trimestres maximum. Pour la retraite complémentaire Agirc-Arrco, des points gratuits sont attribués si l’arrêt dépasse 60 jours consécutifs, calculés sur la base des points de l’année précédente. Le réflexe essentiel : vérifier régulièrement son relevé de carrière sur info-retraite.fr pour s’assurer que tous les trimestres d’arrêt maladie y figurent bien.
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