
Après des années passées derrière le volant, souvent loin de chez soi, sur des horaires décalés et avec une pression physique et mentale constante, les chauffeurs routiers méritent une information claire sur leurs droits à la retraite. Quel est l’âge légal de départ ? Existe-t-il un dispositif pour partir plus tôt ? Combien vaut une pension de routier ? Ce guide complet répond à toutes ces questions, avec des exemples concrets.
À retenir : Les chauffeurs routiers salariés relèvent du régime général (CNAV) pour la retraite de base et de l’Agirc-Arrco pour la complémentaire. L’âge légal est fixé à 64 ans, mais le Congé de Fin d’Activité (CFA) — dispositif propre à la profession — leur permet de cesser leur activité dès 59 ans sous conditions. La pension moyenne s’établit autour de 1 187 € par mois, tous régimes confondus.
Quel régime de retraite pour les chauffeurs routiers ?
Le régime de retraite d’un chauffeur routier dépend avant tout de son statut professionnel.
Chauffeur routier salarié (le cas le plus fréquent) : il est affilié au régime général de la Sécurité sociale (CNAV) pour la retraite de base, et à l’Agirc-Arrco pour la retraite complémentaire. C’est la convention collective nationale des transports routiers et des activités auxiliaires du transport (CCNTR, IDCC 16) qui encadre sa situation.
Chauffeur routier indépendant (travailleur non salarié, micro-entrepreneur) : il cotise à la Sécurité sociale des indépendants (SSI) pour la retraite de base, et à la Retraite Complémentaire des Indépendants (RCI) pour la complémentaire.
Chauffeur routier du secteur public (transports collectifs publics) : il dépend de régimes spécifiques selon son employeur.
La suite de cet article se concentre sur la situation la plus répandue : le chauffeur routier salarié du secteur privé.
L’âge légal de départ à la retraite pour les routiers
Les chauffeurs routiers salariés ne bénéficient pas d’un âge légal de départ spécifique à leur profession. Comme les autres salariés du privé, ils sont soumis à l’âge légal fixé par la réforme des retraites de 2023 :
- 64 ans pour les personnes nées à partir du 1er janvier 1968.
- Progressivement relevé de 62 à 64 ans pour les générations nées entre 1961 et 1967 (à raison de 3 mois supplémentaires par année de naissance).
Pour obtenir une retraite à taux plein sans décote, un chauffeur doit justifier d’une durée d’assurance comprise entre 167 et 172 trimestres selon son année de naissance. À défaut, le taux plein automatique est accordé à 67 ans, sans condition de trimestres.
À noter : La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 a suspendu une partie de la réforme de 2023, notamment le relèvement progressif de l’âge légal pour certaines générations. Vérifiez votre situation précise auprès de votre CARSAT.
Le Congé de Fin d’Activité (CFA) : partir avant 64 ans
C’est l’avantage majeur du secteur du transport routier. Le Congé de Fin d’Activité (CFA) est un dispositif conventionnel négocié par les partenaires sociaux, qui permet aux conducteurs routiers de cesser leur activité plusieurs années avant l’âge légal tout en percevant une allocation mensuelle.
Qui peut bénéficier du CFA ?
Le CFA est ouvert à trois catégories de conducteurs, sous réserve que leur employeur soit adhérent à l’organisme gestionnaire concerné :
Transport de marchandises et déménagement (géré par FONGECFA-Transport) :
- Être âgé d’au moins 59 ans (pour les générations nées en 1968 et après)
- Avoir conduit au moins 26 ans dans des entreprises relevant de la CCNTR
Transport de voyageurs interurbains (géré par AGECFA-Voyageurs) :
- Être âgé d’au moins 59 ans
- Avoir conduit au moins 30 ans dans le secteur
Convoyeurs de fonds et de valeurs :
- Être âgé d’au moins 59 ans
- Avoir conduit au moins 20 ans dans le secteur
Dérogations pour les générations proches de la transition : les conducteurs nés en 1966 peuvent entrer en CFA à 57 ans et 6 mois, ceux nés en 1967 à 58 ans et 3 mois.
Combien touche-t-on pendant le CFA ?
Pendant le CFA, le conducteur n’est plus salarié mais perçoit une allocation mensuelle :
- Transport de marchandises/déménagement : un pourcentage du salaire brut des 12 derniers mois (ou des 5 dernières années si temps partiel). Le taux de l’allocation est fixé à 80 % pour les allocataires dont la prise en charge débute dans les 24 mois précédant l’âge minimal d’entrée en retraite. Le montant ne peut dépasser le plafond annuel de la Sécurité sociale (46 368 € en 2024, soit environ 3 864 € par mois).
- Transport de voyageurs : 75 % du salaire brut moyen des 60 derniers mois.
Attention : les frais de route et indemnités professionnelles n’entrent pas dans le calcul.
Ce que le CFA implique pour la retraite
Le chauffeur en CFA continue de valider des trimestres (assimilés) et d’accumuler des points Agirc-Arrco. Il n’est cependant pas retraité : il n’a pas liquidé ses droits. L’allocation cesse automatiquement lorsqu’il atteint l’âge légal de départ à la retraite.
Point crucial : les trimestres validés pendant le CFA sont des trimestres assimilés, pas des trimestres cotisés. Ils comptent pour le taux plein, mais pas pour la retraite anticipée pour carrière longue, qui exige des trimestres cotisés stricto sensu.
La retraite anticipée pour carrière longue
Indépendamment du CFA, un chauffeur routier peut partir avant l’âge légal s’il remplit les conditions du dispositif de retraite anticipée pour carrière longue. Ce dispositif s’applique à tous les salariés du régime général.
Les conditions en 2025 sont les suivantes (selon l’année de naissance) :
- Avoir validé 4 ou 5 trimestres avant la fin de l’année des 16 ou 18 ans (selon le cas)
- Justifier du nombre total de trimestres requis pour le taux plein (entre 167 et 172 selon la génération)
- Justifier du nombre requis de trimestres cotisés (c’est le critère clé)
Un chauffeur ayant commencé à travailler tôt et roulé sans interruption majeure peut ainsi partir 2 à 4 ans avant l’âge légal.
Piège à éviter : certains conducteurs entrent en CFA pensant que les années passées en CFA leur permettront d’atteindre les trimestres cotisés nécessaires pour la carrière longue. Or, les trimestres du CFA ne sont pas cotisés. Si vous n’avez pas le compte de trimestres cotisés avant d’entrer en CFA, vous ne pourrez pas bénéficier de la carrière longue.
Le compte professionnel de prévention (C2P) : un atout pour les routiers de nuit
Beaucoup de chauffeurs routiers effectuent du travail de nuit — au moins 100 nuits par an, seuil abaissé depuis septembre 2023 (contre 120 nuits avant). À ce titre, ils peuvent accumuler des points sur leur Compte Professionnel de Prévention (C2P).
Règle d’accumulation : chaque trimestre d’exposition à un facteur de risque donne droit à 1 point, soit 4 points par an par facteur. Un chauffeur exposé au travail de nuit et au bruit intense peut cumuler jusqu’à 8 points par an.
Utilisation des points pour la retraite : au-delà des 20 premiers points réservés à la formation ou reconversion, les points C2P peuvent être utilisés pour acquérir des trimestres de retraite supplémentaires : 10 points = 1 trimestre. Ces trimestres obtenus via le C2P sont considérés comme des trimestres cotisés — contrairement aux trimestres du CFA — et peuvent donc contribuer aux conditions du départ en carrière longue.
Un conducteur travaillant de nuit depuis 20 ans peut ainsi avoir accumulé jusqu’à 80 points (plafonné à ce niveau à 60 ans), soit jusqu’à 8 trimestres utilisables pour partir plus tôt.
Combien touche un chauffeur routier à la retraite ?
La pension moyenne d’un chauffeur routier salarié est d’environ 1 187 € par mois, tous régimes confondus (base + complémentaire). Ce chiffre est une estimation et cache des écarts importants.
Le montant de la retraite de base est calculé sur le salaire annuel moyen des 25 meilleures années de carrière, multiplié par le taux (50 % au taux plein) et par le coefficient de proratisation (proportion des trimestres validés par rapport aux trimestres requis).
Ce qui n’entre pas dans le calcul : les frais de route, les indemnités journalières de déplacement, les primes de panier — qui peuvent représenter une part significative du revenu d’un grand routier — ne sont pas soumis à cotisations retraite et n’entrent donc pas dans le calcul de la pension. C’est l’une des raisons pour lesquelles la retraite des chauffeurs routiers est souvent inférieure à ce que leurs revenus réels pourraient laisser espérer.
Exemples concrets de parcours de chauffeurs routiers
Cas 1 — Patrick, 59 ans, chauffeur poids lourd marchandises depuis 30 ans (né en 1966)
Patrick a commencé à rouler à 29 ans, après une première carrière dans le bâtiment. Il n’est pas éligible à la carrière longue (pas assez de trimestres cotisés tôt). Son employeur est adhérent au FONGECFA. Il peut entrer en CFA à 57 ans et 6 mois (dérogation génération 1966), soit dès aujourd’hui. Il percevra environ 75 % de son salaire brut des 12 derniers mois jusqu’à ses 64 ans, puis liquidera sa retraite. Ses années en CFA lui auront permis de valider des trimestres assimilés supplémentaires, mais sans amélioration du montant de la pension de base.
Cas 2 — Sylvie, 56 ans, conductrice de cars interurbains depuis 32 ans (née en 1969)
Sylvie a commencé à conduire à 24 ans. Elle pourra entrer en CFA à 59 ans, via l’AGECFA-Voyageurs. Sa demande devra être déposée 4 mois à l’avance. Elle percevra 75 % de son salaire brut moyen des 60 derniers mois jusqu’à ses 64 ans. Parallèlement, ayant commencé à travailler avant 24 ans mais pas assez tôt pour la carrière longue, elle devra attendre 64 ans pour liquider ses droits à taux plein.
Cas 3 — Mohamed, 52 ans, grand routier de nuit depuis 22 ans (né en 1973)
Mohamed travaille de nuit (plus de 100 nuits/an) et est exposé au bruit. Il accumule 8 points C2P par an. À 60 ans, il aura accumulé environ 64 points. En mobilisant 40 points pour la retraite (après les 20 premiers pour la formation), il obtiendra 4 trimestres supplémentaires cotisés. Ayant commencé à travailler à 18 ans (5 trimestres avant 20 ans), et si son total de trimestres cotisés le permet, ces 4 trimestres C2P pourraient lui permettre de remplir les conditions d’une carrière longue et partir à 62 ans au lieu de 64.
Cas 4 — Jean-Luc, 64 ans, convoyeur de fonds depuis 20 ans (né en 1961)
Jean-Luc a travaillé 20 ans comme convoyeur de fonds. Il a pu entrer en CFA à 59 ans (selon les conditions pour les convoyeurs de fonds). Ses trimestres acquis en CFA ont complété les trimestres cotisés de sa carrière. À 64 ans, il liquidera sa pension à taux plein avec environ 168 trimestres. Sa retraite de base sera d’environ 900 € par mois, complétée par environ 300 € de l’Agirc-Arrco, soit environ 1 200 € au total.
Est ce que les formations GRETA comptent pour la retraite ?
Tableau de synthèse : les options de départ pour les chauffeurs routiers
| Dispositif | Conditions clés | Âge possible | Ce que ça rapporte |
|---|---|---|---|
| Retraite légale | 64 ans + trimestres requis | 64 ans | Taux plein si trimestres suffisants |
| CFA (marchandises) | 59 ans + 26 ans de conduite | À partir de 59 ans | 75-80 % du salaire jusqu’à 64 ans |
| CFA (voyageurs) | 59 ans + 30 ans de conduite | À partir de 59 ans | 75 % du salaire sur 60 mois |
| Carrière longue | Début jeune + trimestres cotisés | 60 à 62 ans | Taux plein anticipé |
| Points C2P (travail de nuit) | 10 points = 1 trimestre cotisé | Jusqu’à 2 ans avant l’âge légal | Trimestres cotisés supplémentaires |
| Retraite automatique taux plein | Aucune condition de trimestres | 67 ans | Taux plein garanti sans décote |
Les démarches pour partir à la retraite
Pour le CFA : déposez votre dossier auprès du FONGECFA-Transport (transport de marchandises) ou de l’AGECFA-Voyageurs (transport de voyageurs) 4 mois avant la date souhaitée, via le site de Carcept. L’organisme dispose de 2 mois pour statuer. Une fois accepté, vous informez votre employeur par lettre recommandée. Ce départ est assimilé à une démission.
Pour la liquidation de la retraite : déposez votre demande 6 mois avant la date souhaitée sur lassuranceretraite.fr. Cette démarche unique déclenche la liquidation de la retraite de base et de l’Agirc-Arrco simultanément.
Pour les points C2P : consultez votre solde de points sur compteprofessionnelprevention.fr et utilisez le formulaire Cerfa n° 15511 pour convertir vos points en trimestres de retraite.
FAQ : retraite des chauffeurs routiers
Peut-on cumuler le CFA et la retraite pour carrière longue ?
Non, le cumul est impossible. L’allocation CFA cesse dès que vous remplissez les conditions pour liquider votre pension de retraite à taux plein (y compris via la carrière longue). Si vous êtes éligible à la carrière longue, vous devez choisir entre partir en retraite immédiatement ou entrer en CFA en attendant. Entrer en CFA alors qu’on est éligible à la carrière longue n’a de sens que si vous souhaitez cesser l’activité mais différer la liquidation pour obtenir une surcote.
Les frais de route comptent-ils pour le calcul de la retraite ?
Non. Les frais de route, paniers-repas et autres indemnités de déplacement sont exonérés de cotisations sociales et n’entrent pas dans le calcul du salaire annuel moyen servant de base à la pension de retraite de base. Seul le salaire brut soumis à cotisations est pris en compte.
Un chauffeur indépendant peut-il bénéficier du CFA ?
Non. Le CFA est un dispositif conventionnel réservé aux salariés dont l’employeur est adhérent au FONGECFA-Transport ou à l’AGECFA-Voyageurs. Les chauffeurs indépendants (auto-entrepreneurs, artisans du transport) n’y ont pas accès.
Que se passe-t-il si je reprends une activité pendant le CFA ?
L’allocation CFA est interrompue immédiatement en cas de reprise d’activité rémunérée (salariée ou non) ou d’inscription à France Travail. Les sommes perçues après la reprise d’activité doivent être remboursées au FONGECFA.
Le travail de nuit est-il reconnu comme facteur de pénibilité pour les chauffeurs routiers ?
Oui. Depuis septembre 2023, le seuil a été abaissé à 100 nuits par an (contre 120 auparavant). Un chauffeur effectuant au moins 100 nuits de travail par an peut accumuler 4 points C2P par an à ce titre. Ces points sont cotisés et, au-delà des 20 premiers points, peuvent être convertis en trimestres de retraite.
Grosso modo
La retraite d’un chauffeur routier se construit sur plusieurs dispositifs qui peuvent se compléter : le régime général et l’Agirc-Arrco forment le socle de base, le CFA offre une porte de sortie anticipée dès 59 ans pour les éligibles, la carrière longue permet de partir plus tôt pour ceux ayant commencé jeunes, et le C2P compense la pénibilité notamment pour ceux qui roulent de nuit. Les frais de route constituant une part importante du revenu mais restant hors cotisations retraite, les chauffeurs ont tout intérêt à anticiper leur départ plusieurs années à l’avance, à vérifier leur relevé de carrière sur lassuranceretraite.fr et à solliciter une simulation personnalisée auprès de leur CARSAT.

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