
Quand un proche âgé entre en EHPAD, une question surgit rapidement : qui paie la maison de retraite ? La réponse est rarement simple. Le financement repose sur plusieurs acteurs — le résident lui-même, l’État, le département, et parfois la famille. Ce guide vous explique clairement la répartition des charges, les aides disponibles et ce que dit la loi sur l’obligation alimentaire.
À retenir : En France, c’est en priorité la personne âgée qui finance son séjour en maison de retraite avec ses ressources propres. Si celles-ci sont insuffisantes, des aides publiques cumulables (APA, APL/ALS, ASH) et, en dernier recours, la solidarité familiale via l’obligation alimentaire, permettent de combler la différence.
Les trois postes de dépenses en EHPAD
Avant de savoir qui paie la maison de retraite, il faut comprendre ce que l’on paie. La facture mensuelle d’un EHPAD est divisée en trois parties distinctes :
Le tarif hébergement couvre le logement, la restauration, le linge et les animations. Il est toujours à la charge du résident, avec possibilité d’aides au logement. Son montant est fixé chaque année par le conseil départemental pour les établissements habilités à l’aide sociale, et librement par le gestionnaire pour les autres.
Le tarif dépendance finance l’accompagnement quotidien des résidents qui ont perdu leur autonomie. Il est partiellement couvert par l’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA), versée par le département.
Le tarif soins correspond aux dépenses médicales collectives de l’établissement. Il est pris en charge directement par l’Assurance maladie, versée à l’EHPAD, sans passer par le résident.
En moyenne fin 2025, le coût total d’un séjour en EHPAD atteint 2 630 € par mois, tandis que la pension nette moyenne des retraités s’établit à 1 666 € (DREES, 2025). L’écart entre ces deux montants illustre pourquoi des aides complémentaires sont souvent indispensables.
En premier lieu : le résident paie sur ses ressources propres
La règle de base est claire : c’est la personne âgée elle-même qui doit, en priorité, financer son séjour avec ses propres ressources — retraite, épargne, revenus immobiliers ou capital issu de la vente d’un bien. Cette règle s’applique que l’établissement soit un EHPAD médicalisé ou une résidence autonomie.
Lorsque ces ressources ne suffisent pas à couvrir le reste à charge, plusieurs dispositifs d’aide publique peuvent être mobilisés.
Les aides publiques pour financer la maison de retraite
L’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA)
L’APA est l’aide prioritaire à solliciter dès la constitution du dossier d’admission. Versée par le conseil départemental, elle couvre une partie du tarif dépendance de l’EHPAD. Pour en bénéficier, il faut :
- avoir 60 ans ou plus ;
- résider en France de façon stable et régulière ;
- présenter une perte d’autonomie classée en GIR 1 à 4 (évaluée par le médecin coordinateur de l’établissement).
Le montant de l’APA dépend à la fois du niveau de dépendance et des ressources du résident. Un point important : l’APA ne couvre jamais la totalité du tarif dépendance. Un « ticket modérateur » reste à la charge du résident, calculé en fonction de ses revenus. Les personnes dont les ressources sont inférieures à environ 2 800 € par mois ne paient que le tarif dépendance le plus faible (tarif GIR 5-6), l’APA prenant en charge la différence.
Les aides au logement : APL et ALS
La Caisse d’Allocations Familiales (CAF) ou la Mutualité Sociale Agricole (MSA) peuvent verser une aide mensuelle pour financer la partie « hébergement » de la facture :
- L’APL (Aide Personnalisée au Logement) est versée si l’EHPAD est conventionné, ce qui est le cas de la majorité des établissements publics.
- L’ALS (Allocation de Logement Sociale) s’applique si l’établissement n’est pas conventionné APL.
Ces deux aides ne sont pas cumulables entre elles. Dans la plupart des cas, le versement se fait directement à l’établissement (tiers-payant), ce qui réduit automatiquement la facture mensuelle du résident.
L’Aide Sociale à l’Hébergement (ASH)
L’ASH est le dispositif de dernier recours, accordé par le département aux résidents dont les ressources sont insuffisantes pour payer l’hébergement. Elle peut également financer, sous conditions, une partie du tarif dépendance.
Pour en bénéficier, le résident doit :
- avoir au moins 65 ans (ou 60 ans en cas d’inaptitude reconnue au travail) ;
- résider en France de façon stable et régulière depuis plus de trois mois ;
- être hébergé dans un établissement habilité à l’aide sociale (les résidences services seniors ne le sont généralement pas).
L’ASH est une aide subsidiaire : avant de l’octroyer, le conseil départemental vérifie la situation financière des obligés alimentaires (voir ci-dessous). Lorsqu’elle est accordée, environ 90 % des revenus du résident sont consacrés au paiement des frais, mais la réglementation impose qu’il conserve au minimum 114 € par mois pour ses dépenses personnelles.
Le crédit d’impôt pour frais d’hébergement
Les résidents en EHPAD peuvent bénéficier d’une réduction d’impôt de 25 % sur les dépenses liées à l’hébergement et à la dépendance, dans la limite de 10 000 € par personne hébergée, soit jusqu’à 2 500 € remboursés par an. Cet avantage fiscal s’applique même aux personnes non imposables depuis la réforme du crédit d’impôt.
Le Chèque énergie et les aides des caisses de retraite
Les résidents à revenus modestes peuvent utiliser le Chèque énergie pour réduire la part liée à leur consommation dans leur redevance. Par ailleurs, certaines caisses de retraite complémentaire, dont Agirc-Arrco, peuvent attribuer un secours exceptionnel pour aider un affilié à financer son entrée en EHPAD ou à couvrir un reste à charge ponctuel.
Tableau récapitulatif : qui paie quoi en maison de retraite ?
| Poste de dépenses | Qui paie ? | Aide possible |
|---|---|---|
| Tarif soins | Assurance maladie | Prise en charge totale |
| Tarif dépendance | Résident | APA (GIR 1 à 4) |
| Tarif hébergement | Résident | APL ou ALS (CAF/MSA) |
| Reste à charge global | Résident, puis famille | ASH (département) |
| Frais personnels annexes | Résident | Crédit d’impôt, Chèque énergie, caisses de retraite |
Qui dans la famille doit payer la maison de retraite ?
Le principe de l’obligation alimentaire
Lorsque les ressources du résident et les aides publiques ne suffisent pas à couvrir les frais, la famille peut être sollicitée au titre de l’obligation alimentaire, inscrite aux articles 205 à 211 du Code civil. Ce mécanisme de solidarité familiale repose sur un principe de proportionnalité : chaque obligé contribue selon ses moyens, pas à parts égales.
Sont concernés comme obligés alimentaires :
- les enfants (biologiques ou adoptifs) ;
- les gendres et belles-filles à l’égard de leurs beaux-parents (cette obligation cesse en cas de divorce ou de décès du conjoint si le couple n’a pas eu d’enfant) ;
- les conjoints ou partenaires de PACS entre eux.
Bon à savoir : Depuis la loi du 8 avril 2024 portant mesures pour bâtir la société du bien vieillir et de l’autonomie, les petits-enfants sont dispensés de l’obligation alimentaire envers leurs grands-parents dans le cadre d’une demande d’aide sociale à l’hébergement.
Comment est calculée la participation familiale ?
La loi ne fixe pas de barème national. Le montant est déterminé à l’amiable entre les membres de la famille ou, en cas de désaccord, par le juge aux affaires familiales. Lorsque c’est le conseil départemental qui instruit une demande d’ASH, il évalue la capacité contributive de chaque obligé selon la formule suivante :
(Revenus de l’obligé – charges courantes – reste à vivre) × taux de participation = contribution aux frais d’hébergement
Le « reste à vivre » est généralement calculé sur la base d’un multiple du SMIC (1 SMIC pour une personne seule, 1,5 SMIC pour un couple, avec un supplément par enfant à charge). Chaque département applique ses propres modalités de calcul.
Que se passe-t-il en cas de refus de payer ?
Si un enfant refuse de contribuer aux frais d’EHPAD de son parent dans le besoin, il manque à son obligation alimentaire. En cas de non-paiement prolongé (supérieur à deux mois), il commet le délit d’abandon de famille, passible de jusqu’à 2 ans d’emprisonnement et 15 000 € d’amende. Le conseil départemental est en droit de poursuivre l’obligé défaillant en justice, y compris par saisie bancaire.
À noter : les sommes versées au titre de l’obligation alimentaire sont déductibles des revenus imposables des enfants, ce qui constitue un avantage fiscal non négligeable.
Peut-on être dispensé de l’obligation alimentaire ?
Oui, dans certains cas prévus par la loi. Un enfant peut demander une dispense s’il prouve que son parent a gravement manqué à ses devoirs à son égard (abandon pendant l’enfance, violences, condamnation pénale). La demande se fait devant le juge aux affaires familiales. Par ailleurs, un enfant retiré de son milieu familial par décision judiciaire pendant au moins 36 mois avant ses 18 ans est automatiquement dispensé.
Peut-on utiliser son patrimoine immobilier ?
Si les revenus ne suffisent pas, la vente ou la mise en location du logement du résident est une option. En cas d’octroi de l’ASH, le conseil départemental peut demander que le bien soit mis en location pour participer au financement de l’hébergement. Il peut également récupérer les sommes versées au titre de l’ASH sur la succession du résident après son décès.
Agirc Arrco Retraite Aide A Domicile momentanée
FAQ : qui paie la maison de retraite ?
Peut-on cumuler APA, APL et ASH ?
Oui. L’APA réduit le coût de la dépendance, l’APL diminue le tarif hébergement, et l’ASH intervient en dernier recours si le reste à charge reste trop élevé. Ces trois aides sont cumulables. En revanche, l’APL et l’ALS ne sont pas cumulables entre elles.
Posséder un bien immobilier empêche-t-il de toucher des aides ?
Non pour l’APA et les aides de la CAF. En revanche, pour l’ASH, le département peut demander que le bien soit mis en location. La possession d’un patrimoine immobilier est prise en compte dans le calcul des ressources pour l’aide sociale.
Que se passe-t-il si la personne est sous tutelle ?
Les règles de financement restent identiques. C’est le tuteur qui effectue les démarches administratives au nom du résident.
La famille peut-elle refuser de payer si elle a peu de revenus ?
La participation familiale est proportionnelle aux ressources. Si un obligé alimentaire n’a pas les moyens de contribuer, il peut le démontrer auprès du conseil départemental. Il ne sera pas sollicité au-delà de ses capacités réelles.
Agirc-Arrco peut-il aider à payer un EHPAD ?
Oui, de façon ponctuelle. Les caisses de retraite complémentaire Agirc-Arrco peuvent accorder des secours exceptionnels à leurs affiliés pour couvrir un reste à charge en EHPAD, notamment en cas de situation d’urgence ou de précarité temporaire.
Grosso modo
En résumé, qui paie la maison de retraite dépend de la situation personnelle de chaque résident et de sa famille. Le financement repose sur trois piliers complémentaires : les ressources propres du résident en priorité, les aides publiques cumulables (APA, APL ou ALS, ASH, crédit d’impôt), et en dernier recours la solidarité familiale via l’obligation alimentaire. L’anticipation reste la meilleure stratégie : identifier les aides auxquelles votre proche peut prétendre dès l’entrée en EHPAD permet de limiter le reste à charge et d’éviter les tensions familiales.
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